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La Formation en muséologie :

Vous êtes intéressés par une formation initiale ou par la formation continue en muséologie et muséographie ? La formation MEM : Master Expo-Muséographie, en conception des expositions de l'Université d'Artois est faite pour vous !

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ou sur le site de l'Université : (document à télécharger colonne de droite) ou sur ce lien.

Master MEM

mardi 3 mars 2015

Le Musée Testut Latarjet : témoin du musée d'histoire de la médecine

Un musée en danger de disparition : le musée Testut Latarjet de la faculté de médecine de Lyon, un musée pourtant extraordinaire pour l'histoire de la muséologie, tant il est représentatif de ces musées pédagogiques, et qui demeure dans son jus, avec un charme extraordinaire pour ceux qui s'intéressent à l'histoire des musées et des relations troubles entre science, exposition et mise en spectacle. Le musée est censé déménager, mais ce sera bien difficile de lui conserver son charme, car ce qui compte, c'est la mise en exposition faite de strates impossibles à préserver dans un déménagement. Une malédiction semble ainsi frapper les musées de la médecine en France en général. Après la mise en caisse du musée de l'Hotel Dieu, Lyon semble pourtant toute désignée pour accueillir un véritable musée de ce genre, tant la ville est marquée par la médecine et la pharmacie. Cependant même Montpellier a renoncé à sa Cité du corps humain, et demeurent les collections du musée Orfila à l'université de Montpellier qui nous l'espérons sont mieux traitées. En attendant, il faut se précipiter à Lyon pour voir ce musée qui est menacé de disparaitre à l'automne prochain, sauf si l'Université Claude Bernard prend conscience de l'intérêt et du charme, moins de ce patrimoine que de son mode de présentation, témoin et dernier survivant d'une époque.

vendredi 27 février 2015

Les barbares de Dieu

Danielle Sallenave faisait remarquer que la culture ne s'oppose pas à la nature, mais à la barbarie. Nous en avons des exemples chaque jour avec le fascisme islamique. Massacres d'innocents, esclavage des femmes et des enfants, mise à sac des lieux de culture, rien n'arrête l'obscurantisme ignare des fous de Dieux. On prétend qu'il faudrait plus d'éducation à la religion, et que l'Islam est une religion d'amour : foutaise ! Toutes les religions sont semblablement dangereuses si on ne les canalise pas et si on n'y oppose pas des remparts. Toutes sont capables de pareilles excès. Ici au musée de Mossoul.
A voir cette vidéo de propagande, car ils en sont fiers.


Les djihadistes de l'EI détruisent des... par 6MEDIAS

mardi 24 février 2015

Menace sur le musée Maillol

Une brève de Libération nous apprend que le Musée Maillol est en danger et menacé de fermeture. Officiellement fermé pour travaux, la Fondation qui le gère connaitrait quelques difficultés. Ce musée qui entrait dans sa vingtième année serait menacé de disparition. La prochaine exposition temporaire sur le baiser dans l'art est repoussée. Si le lieu a présenté des expositions inégales, nous avons pu néanmoins apprécier par le passé quelques belles expositions, telle que Vanité, ou encore Artémisia Gentileschi. C'est toujours triste de voir une offre se réduire, espérons que cette mauvaise nouvelle sera bientôt contredite. Les lieux privés proposant de belles expositions se sont multipliés ces dernières années, il serait dommage que l'on connaisse désormais un retour en arrière.

jeudi 19 février 2015

Les Contes de la Cour

Entendu hier aux informations : la Cour des comptes épingle le MUCEM et lui reproche une mauvaise gestion des travaux, critique son projet scientifique et ses expositions. Acceptons le premier point, dénoncer le marché en PPP pour construire et gérer le Centre de Conservation et de Ressources est plus que justifié, mais depuis quand les magistrats de la Cour des comptes sont-ils compétents pour juger le projet scientifique d'une institution culturelle ? En quoi peuvent-ils évaluer que le MUCEM fait doublon avec le Quai Branly ? On croyait que cela exigeait de vraies compétences dans le domaine. La Cour des comptes consulte t-elle des personnes qualifiées ? Ces gens là sont-ils des Dieux, omniscients dans leur toute puissance ? Déjà, il y a quelques années, la Cour reprochait à la Cité des Sciences de ne pas produire suffisamment d'expositions grand public, bref des blockbusters. Ce qui devrait provoquer un tollé du milieu culturel passe inaperçu. Au nom de quoi leur vision de la culture est-elle meilleure qu'une autre, sans aucune concertation ni discussion ? Ainsi s'impose l'idéologie  de ce que doit être la culture, par des visions d'abord de gestionnaires, auxquels on laisse occuper une position d'autorité.

mercredi 18 février 2015

Que sont les ouvriers devenus ?

On croirait presque, à les entendre, que dans la France désindustrialisée, il n'y a plus de classe ouvrière, et que cette catégorie absente des musées est aussi absente de la vie quotidienne. Ce n'est pas par hasard qu'on tend à le faire croire, cela participe d'une stratégie d'invisibilité et de dissolution des rapports de force.  Pourtant, ils sont encore officiellement 20% selon les statistiques de l'INSEE, c'est-à-dire un cinquième de la population active. Ou sont les expositions qui traitent de l'histoire et surtout de la vie des classes laborieuses ? Qui relate leur point de vue ? Mieux qui leur propose de prendre la parole ?
En posant la question Le Rize, Centre mémoire et société, de Villeurbanne, fait acte de courage avec une exposition accessible, sympathique et fort intéressante sur le fond. Et ils sont où les ouvriers ? Est-ce que la classe ouvrière a été dissoute ? Est-ce que le mot est devenu tabou ? Est-ce que les employés les ont remplacés ? Devient-on ouvrier par défaut ? En suivant ces axes, l'exposition invite à rencontrer des hommes et des femmes via leurs témoignages, mais aussi à d'astucieuses manips pour rendre compréhensible certaines notions sociologiques. Le visiteur pourra se confectionner un petit journal fort documenté. Voilà une exposition qui prouve, s'il était besoin, que l'on peut encore faire des expositions utiles, posant de vraies questions, avec peu de moyens financiers.

mercredi 4 février 2015

Qu'apporte la scénographie ?

Conférence débat au SIM-SITEM , jeudi 5 février 10h-12h 
Indéniablement depuis trente ans, la scénographie d’exposition s’est imposée comme un mode incontournable d’expression des expositions, aussi des choix et des orientations se font jour comme autant de positionnements. Les enjeux sont certes différents dans le domaine des arts, des sciences, de l’ethnographie ou de l’art contemporain, mais des questions transversales se posent.

Le SimeSitem invite de grands professionnels, coutumiers de la diversité des œuvres et des scénographies, à apporter leur éclairage en toute liberté. Nous écouterons Arnaud Sompeirac, Scénographe et représentant de l'association des scénographesBlandine Chavanne, directrice du musée des Beaux-Arts de Nantes, Adeline Rispal, architecte scénographe, Pascal Payeur, scénographe, Marc-Olivier Gonseth, directeur du musée d’ethnographie de Neuchâtel. Pour sa part, Bernard Edelman, juriste spécialiste du droit d’auteur, insistera sur la scénographie comme œuvre authentique et sur les droits afférents.
Serge Chaumier, responsable du Master Expographie Muséographie, sera le modérateur des interventions.

dimanche 1 février 2015

Image X Image

A la découverte du cinéma d'animation québécois dans une magnifique et très riche exposition au musées de la civilisation à Québec. Hommage au pionnier du cinéma d'animation, la typologie convie du plus drôle au plus émouvant, du plus déjanté au plus sérieux. Rien n'échappe à l'univers de créateurs très inspirés. Cinq univers structurent le parcours du visiteur : le récit social, le musical, l'expérimental, l'humour et l'imaginaire. L'exposition recourt bien évidemment à forces projections, avec presque de 250 extraits de films, mais aussi à des mises en situation, des ateliers d'animation au coeur de l'exposition et à un studio très judicieux pour expérimenter soi-même quelques effets du genre. Petits et grands prennent plaisir à composer et jouer seul ou à plusieurs. Ici le visiteur est impliqué pour comprendre derrière d'apparentes simplicités les constructions savantes. Des objets de collections sont présentés, mais ce sont surtout les succulents bidouillages des ingénieux compositeurs d'images qui fascinent. A voir jusqu'à fin aout.

mardi 27 janvier 2015

On a enfin trouvé le parfait médiateur !

Une fois n'est pas coutume, un petit clin d'oeil et un câlin sur le parfait médiateur... filmé par Bastien Guerry au musée Landowski :




lundi 19 janvier 2015

Le travail. En Corps, Encore. Une exposition en deux actes

Cela fait toujours plaisir lorsqu'un projet tuteuré du Master Expographie Muséographie arrive au vernissage, car il est plaisant de voir un projet se concrétiser, et on aime à saluer le travail effectué. Mais c'est surtout un immense plaisir lorsque le résultat est enthousiasmant et c'est le cas pour cette exposition en deux parties présentées au Tandem, c'est-à-dire à l'Hippodrome de Douai et au théâtre municipal d'Arras. Il s'agit d'accompagner une programmation de spectacles portant sur le thème du travail, avec des regards et des interprétations réalisés par des artistes. De jeunes créateurs et d'autres plus confirmés se sont prêtés au jeu d'appréhender le corps au travail. Plus d'une quinzaine de regards sur les postures et les gestuelles. La manière de présenter les oeuvres réalisées dans des lieux complexes et parfois ingrats, et de les mettre en valeur est à saluer. Le groupe a aussi inventé un concept : le Finissage, qui aura lieu le 21 février à Arras !

dimanche 18 janvier 2015

Post-Carbone à La Poste

Dommage que cette exposition soit réservée au seul personnel de l'entreprise, - dans la mesure où elle est présentée au siège social de La Poste à Paris -, car elle concerne tout un chacun : l'ère Post-Carbone, pour reprendre le titre de l'exposition, avec son sous-titre L'art contemporain accélérateur de la transition énergétique. Le défi de la transition vers un autre monde, plus en harmonie avec lui-même, sera on le sait largement discuté cette année à Paris. Il est donc intéressant que les entreprises s'engagent et sensibilisent leur personnel. Des artistes proposent par leur engagement des interprétations, ils contribuent à nourrir la réflexion. C'est du moins ce que mettent en scène les deux commissaires Alice Audouin et Vanessa Vancutsem, qui présentent avec finesse et talent une douzaine d'artistes, parmi lesquels Olafur Eliasson, Lucie + Jorge Orta, Art Orienté Objet, David Buckland... Nous avons également beaucoup aimé Elise Morin, Lionel Sabaté ou encore Springerparker et Anti. Espérons que cette exposition soit le début d'une série. Le livret qui accompagne est à la fois un bel objet de médiation et un beau souvenir à conserver.

samedi 10 janvier 2015

Ce tant curieux musée du monde

Très belle exposition imaginée par Laurent Busine et ses collaborateurs au MAC's Grand Hornu à partir des collections du musée de Tervuren. Véritable défi alors que l'encyclopédisme et l'éclectisme des collections du musée bruxellois donne le vertige. Très belle association formelle pour donner à chacun l'occasion d'interpréter, de projeter ses imaginaires et de reconstruire une histoire singulière. Les termitières deviennent sculptures, les bocaux de formole des installations. Belle ironie, la peau de l'éléphant en fin d'exposition est, pour le jeu de mots, très gonflée : emblème du musée bruxellois que l'on découvrait en arrivant justement pour la visite, réduite ici à sa plus simple expression. Plus sérieusement, les moulages des corps, réalisés en 1911 par l'artiste belge Arsène Matton, enfermés dans le sanctuaire du musée, sont très prenantes d'émotions. Elles en disent long sur le colonialisme en images inversées. Les photographies de Rineke Dijkastra décalent le regard en rappelant l'étrangeté de toutes ces collections devenues formes. La scénographie est épurée et conduit à une apothéose saisissante. Le catalogue qui accompagne l'exposition est lui aussi très finement ciselé. De quoi donner des ailes au futur musée.

jeudi 1 janvier 2015

Confluences : année 01

Commençons bien l'année en saluant l'arrivée de celui que l'on attendait tous : le musée des Confluences. La soucoupe volante s'est posée entre Rhône et Saône et, que l'on aime où pas l'architecture de Coop Himmelblau, il faut reconnaitre qu'elle est convaincante, bien arrimée, elle semble répondre merveilleusement au programme attendu, les espaces sont fonctionnels, bien cadencés et paisibles. L'avenir dira si les coûts de fonctionnements et d'entretiens sont supportables. Le lieu est agréable et le sera d'autant plus quand les espaces de parcs et services seront ouverts. On pouvait craindre un manque de finition des expositions, il n'en est rien, et notre visite se révèle enthousiaste. Les différentes propositions, temporaires ou permanentes, sont convaincantes, et assument les choix qui ont été faits. Certes, il manque à notre goût des évocations plus frontales des sujets sensibles qui devraient mobiliser nos concitoyens, mais ce qui est abordé l'est avec beaucoup de pertinence. Nous aurons, au cours de l'année, l'occasion de revenir sur le fond des expositions, d'autant que nous passerons une semaine à Lyon en février prochain avec les étudiantes du master MEM, mais disons d'emblée que le programme muséographique de chaque exposition est conduit avec intelligence et les différents traitements scénographiques sont d'une grande finesse et très esthétique. Saluons le travail tant de l'Agence Klapisch Claisse, de Zen+dCo, de Du&Ma ou encore de Eve-Marine Basuyaux et Florence Reibell. Confluences se place déjà comme le lieu qui manquait en France et qui s'avérera incontournable si le programme des expositions temporaires est au rendez-vous des attentes, au carrefour art-science-société.

mercredi 31 décembre 2014

L'attachement aux choses

C'est sous ce très beau titre L'Attachement aux choses, que Thierry Bonnot, chercheur au CNRS, spécialiste de la biographie des objets, convie à la réflexion. Question évidemment essentielle pour l'anthropologie matérielle, mais qui concerne au premier chef les musées. Car le rapport à l'objet n'a rien d'évident, que signifie-t-il et pourquoi serait-il plus fiable qu'autre chose malgré les apparences ? La déconstruction de la croyance envers l'objectivité de l'objet a été conduit par la muséologie de la rupture et il n'est plus possible aujourd'hui d'y souscrire aveuglément comme l'ont fait et comme continuent à le faire bien des expositions. C'est ce dilemme que discute Thierry Bonnot montrant les positions souvent encore opposées des chercheurs et des professionnels des musées. L'objet est-il témoin ou relique ? Cette formule continue d'être posée, comme le confirme le retour à des expositions d'objets esthétisés, au détriment souvent des discours et des médiations (dans beaucoup de musées d'ethnologie, mais pas seulement). On pourra voir une manifestation de ce débat dans le succès depuis une semaine de l'exposition sur les cabinets de curiosité à Confluences qui démontre s'il le fallait que les publics sont souvent encore fascinés par les objets comme dans une foire aux monstres, et qu'il se passe volontiers des discours des chercheurs... L'ouvrage de Thierry Bonnot, parfois assez austère dans ses discussions théoriques, apporte une contribution essentielle pour mieux comprendre les enjeux.

jeudi 25 décembre 2014

Valérie Belin au Centre Phi

Saluons un nouveau lieu d'exposition d'art contemporain au coeur du vieux Montréal, lieu sous forme de fondation privée, évidemment, qui programme expositions, spectacles, concerts... Le Centre Phi se tient sur plusieurs étages le lieu est agréable et bien situé et programme avec le DHC/ART, situé à quelques rues de là. Pour l'heure, les deux sites exposent Valérie Belin, photographe parisienne dont l'oeuvre scrute le détail. Avec ses photos de femmes déshumanisées, rendues à l'état de mannequins, la photographe conduit une critique forte de la réification, alors que d'autres photomontages s'amusent des encombrements d'objets, à la manière de Niki de St Phalle. Nous aimons bien aussi les portraits dans les fleurs. Des grands formats très signés, où l'on retrouve parfois les photos des débuts de carrière de l'artiste, lorsqu'elle se jouait des reflets des verres et plats de cristal. Un travail original.

lundi 22 décembre 2014

Olafur Eliasson, avec bonheur

Heureusement, il y a l'exposition Olafur Eliasson et pour ça, cela vaut la peine. Très belles installations, toujours impressionnantes, qui fait chavirer davantage que le bateau qui l'héberge. Car sinon on pourrait l'appeler la Fondation Bling Bling tant l'architecture de Gehry est là pour faire impression, légère en apparence, mais de loin, alors qu'elle se révèle en réalité massive et assez lourde une fois dans ses entrailles. Composée surtout d'espaces chaotiques dont on se demande à quoi ils servent tant ils accueillent à peu près rien, si ce n'est quelques Giacometti toujours agréables à voir, La Fondation Louis Vuitton frime au bois. Une exposition est même entièrement consacrée aux maquettes réalisées par le Maitre pour le bâtiment, avec très peu d'explications, mais en toute modestie.
Une fois de plus, on vient pour admirer une architecture qui se pare et pour laquelle les oeuvres sont des prétextes. De toute façon, nous avons affaire à l'art contemporain d'affaires, affaires de placement et de positionnements. L'art peut bien être gazeux, comme disait Yves Michaud, puisqu'il s'agit de faire écho aux flux financiers internationaux désormais insaisissables. Tout est exposable du moment que consacré par le marché, et réciproquement. La Fondation servira donc à accompagner et favoriser la cotation des artistes. C'est un activateur de rentabilité. Rien de bien extraordinaire à voir dans ce voyage si ce n'est l'enveloppe. Il va falloir de belles expositions temporaires comme celle présentée actuellement pour motiver les retours.

vendredi 19 décembre 2014

Les Bulles de Bilbao

A l'heure où s'ouvre un grand musée, mais aussi la Fondation LVMH toute resplendissante à Paris, Jean-Michel Tobelem publie avec deux collègues un petit ouvrage fort sympathique qui revient sur les évolutions architecturales des musées à partir de l'expérience du Guggenheim basque, sous le titre Les Bulles de Bilbao. Les Mutations des musées depuis Franck Gehry. Trois textes fort stimulants. Et comme il est peu coutume en muséologie, des textes polémiques où les auteurs défendent des points de vue engagés. C'est salutaire, car cela donne à penser, à discuter, à débattre... La petite collection éditée par  Les éditions B2 est richement illustrée et d'un graphisme agréable. Jean-Michel Tobelem analyse les musées à l'heure du capitalisme triomphant, Luis Miguel Lus Arana revient sur l'expérience de Bilbao et John Ockman sur les aventures du Guggenheim.

mercredi 17 décembre 2014

Viollet-le-Duc, visionnaire du patrimoine ?

On aurait pu s'attendre à comprendre dans l'exposition Viollet-le-Duc, Les visions d'un architecte les tenants et aboutissants de ce qui fait débat dans les choix de restauration des sites et monuments. Car la manière de reconstruire en mêlant vision scientifique historique et volonté de faire oeuvre de création n'est plus aujourd'hui en principe le credo des adeptes du patrimoine. Il aurait été intéressant de revenir sur ce qui fait que Viollet-le-Duc a été remis en question et pourquoi de nos jours de tyranniques architectes imposent toujours leur credo mais au nom de l'histoire et non plus d'une vision créative. Le patrimoine s'en porte t-il mieux ? Ne faudrait-il pas réhabiliter Viollet-le-Duc dans sa démarche même ? Pour mieux comprendre on aurait aimé que le débat soit posé. Or, si l'on découvre l'homme, l'exposition ne s'attache guère à dévoiler les problématiques de la restauration.

Signalons également à la Cité de l'architecture, l'exposition AJAP 2014, albums des jeunes architectes et paysagistes, à voir jusqu'au 5 janvier, avec de belles propositions et un ingénieux système de caissons pour rendre itinérante l'exposition.

lundi 15 décembre 2014

Revoir Paris, la ville monde

L'exposition Revoir Paris, à la Cité de l'architecture, proposée par Schuiten & Peeters à partir de leurs travaux d'illustrateurs et de l'ouvrage publié en 2009, invite à voyager en s'appropriant deux siècles de visions urbaines, d'utopies ou de projections réalisées. La ville est modelée et remodelée par des visionnaires et l'exposition permet de suivre des explorations imaginaires et d'autres devenues utopies concrètes, selon les époques et les folies envisagées. Si la Tour Eiffel n'est toujours pas une station pour dirigeable, selon la manière de voir le vingtième siècle d'Albert Robida en 1883, en revanche d'autres aménagements ont bien eu lieu. Les expositions universelles, le métropolitain, la création des parcs sont autant d'occasions pour repenser la ville. Parce qu'ils sont particulièrement sensibles à l'architecture, Schuiten & Peeters se laissent aller à envisager les métamorphoses urbaines à venir au gré de leur imaginaire, dans une exposition fleuve assez amusante.

samedi 13 décembre 2014

Exhibit B, parce que l'exposition est un spectacle

Ce qui est étonnant dans cette affaire, ce n'est pas le spectacle lui-même, belle cérémonie commémorative pour se souvenir ensemble des horreurs de l'histoire des hommes, ce qui est choquant ce sont les réactions que cette exposition-spectacle suscite. Avec Exhibit B, le metteur en scène Brett Bailey signe une oeuvre forte et suffisamment parlante pour ne pas être ambiguë. Le contenu n'est en soi guère nouveau, et l'exposition L'Invention du sauvage au Quai Branly il y a quelques années faisait déjà une démonstration similaire. Ceux qui prétendent qu'il s'agit là de zoos humains font la preuve de leur inculture en ne comprenant pas que ce sont ceux là-mêmes qu'ils contestent qui leur ont permis de faire surgir cette problématique historique (en autre Pascal Blanchard). Et puis exposer des êtres humains, Beaubourg l'avait fait à ses débuts, avec une exposition dénonçant la femme objet et les arts de la rue ont souvent exploré cette forme, comme Sérial Théâtre avec ses femmes monstres, ou encore Kumulus avec les SDF. L'exposition-spectacle prouve aussi la relation forte des deux approches, comme forme de création. Très belle performance donnée au 104, sous la garde de dizaines de cars de CRS, à cause de quelques abrutis incultes.
Voir notre article à propos des spectacles prenant l'exposition comme forme.

vendredi 12 décembre 2014

Collection abcd / Bruno Decharme : un beau voyage

Etonnante collection que celle de Bruno Decharme, qui signe le commissariat de son exposition de concert avec Antoine de Galbert à la Maison rouge. Collection d'art brut de plus de 3500 pièces dont la sélection présentée est ici disparate, mais qui présente de ce fait une initiation à un univers qui dispose déjà de ses artistes "classiques", Aloise Corbaz ou Adolf Wölfli, mais aussi des choses moins connues. Le goût du morbide semble caractériser l'unité de la collection, et l'exposition en douze sections invite à un voyage peu ordinaire. Jeux avec le langage, jeux avec les matériaux, avec l'architecture, avec la maladie mentale peut-être et même avec les sciences comme autant de réjouissances. C'est peut-être au fond ce qui caractérise l'art brut, le jeu associé à l'irrépressible besoin d'expression. Retenons cette oeuvre bicéphale où l'artiste présente dans une petite boite les cendres de son père et de sa mère, encerclée de tous les jours de leur vie, en guise de généalogie familiale, il fallait y penser !

mercredi 10 décembre 2014

Art + science, impressions décuplées

Rien que pour l'installation Matrice Liquide 3D, réalisée par Shiro Takatani - idée que l'artiste a eu parait-il lors d'une visite à Lille en 2001-, et que Christian Partos utilise à son tour avec une seconde proposition, l'exposition vaut le détour. 900 électrovalves commandées par ordinateurs proposent des sculptures aquatiques fascinantes. Ainsi avec Art Robotique, la Cité des Sciences propose un volet de créations originales et captivantes. Les Animaris de Théo Jansen fascinent également les visiteurs, d'autant que des démonstrations théâtralisées originales racontent la création comme s'il s'agissait d'un conte fantastique, médiation surprenante et bien rodée. Notre oeuvre préférée est cependant celle de Shun Ito, intitulée Cosmic BirdsRichard Castelli, le commissaire scientifique invite ainsi onze artistes chercheurs d'expressions artistiques via la robotique, et même si la chose n'est pas nouvelle, puisque Tinguely en est quelque part l'ancêtre, il semble bien que cette dimension soit prometteuse. Le même jour nous allions voir le Sacre du printemps mis en spectacle par Roméo Castellucci à la Grande Halle prouvant décidément que la robotique est une approche artistique actuelle, puisque le plateau de la scène est également habitée de machines surprenantes. Spectacle vivant ou musées, l'art robotique est devant nous. Exposition à voir jusqu'au 4 janvier à la Cité des Sciences.

samedi 6 décembre 2014

Passions secrètes au Tri postal

L'exposition Passions secrètes : collections privées flamandes qui se tient au Tri postal jusqu'à début janvier, sous l'égide de Lille3000, regroupe des oeuvres acquises par des collectionneurs de la région de Courtrai. Avec 140 oeuvres, propriété de 18 collectionneurs, l'exposition invite à un drôle de voyage, mêlant de curieuses propositions, à l'image de cette dépouille de cheval en suspension de Berlinde de Bruyckere. La commissaire d'exposition Caroline David, directrice des arts visuels au sein de Lille 3000, met en scène des collections hétéroclites, ce qui est normal puisque issues de collectionneurs ayant évidemment des goûts différents, toutefois l'ensemble reflète l'art contemporain international, avec ses grands noms et ses nouvelles normes. S'il s'agit de saisir des tendances, c'est assez peu des artistes émergents dont il est question, mais davantage de ceux dont les cotations sont assez élevés pour constituer de bons placements (même s'il nous est assuré que les collectionneurs en question collectionnent par amour de l'art). On pourra découvrir des artistes de l'Europe du nord, un peu moins connu que Wim Delvoye ou Jan Fabre. Mention spéciale pour Marriage (oui avec 2 r !) de Elmgreen & Dragset.

jeudi 4 décembre 2014

Les musées et leurs publics : savoirs et enjeux

C'est sous ce titre que vingt après un colloque important, tenu en 1994, les musées de la civilisation à Québec, sous la houlette de Lucie Daignault et Bernard Schiele, ont réuni durant deux jours début décembre des intervenants proposant des communications concernant l'évaluation et les enquêtes de connaissance des publics.
Mieux que cela, un ouvrage est paru, sous la direction de Lucie Daignault et Bernard Schiele, qui fait le point sur bien des aspects et apporte une bibliographie conséquente en la matière, mais aussi un glossaire. Pas moins de 22 auteurs pour un ouvrage de 360 pages, un beau travail ! Merci pour cet outil qui sera nécessaire.

samedi 29 novembre 2014

Bringuebalés, mémoires d'immigrés

Pour ceux qui n'auront pas eu le temps de voir cette belle exposition à la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration, en echo à la Galerie des dons, Mémoires tribulantes. Carnets d'objets sans frontières, un travail conduit par un collectif d'artistes sur les objets présentés à l'étage, il est toujours possible de se rattraper en consultant l'ouvrage édité Bringuebalés. Le collectif des Carnettistes tribulants regroupe une vingtaine d'artistes dont onze ont participé à l'exposition, par la broderie, la peinture, l'écriture, l'illustration etc. Le travail graphique est remarquable. Emouvants récits mêlant le biographique et la création qui prolonge un travail ethnographique par des regards décentrés et malicieux parfois. Là où la fiction poursuit le récit de vie et vient dialoguer par de subtiles jeux.

jeudi 20 novembre 2014

Gary Winogrand au Jeu de Paume

Fort peu convaincu de l'exposition de photographies de Gary Winogrand au Jeu de paume. La série, en dévoilant une vision de l'Amérique, constitue tout l'intérêt de l'exposition, car au final très peu d'images présentées ici ont un quelconque intérêt en elles-mêmes. Elles sont en général d'une facture assez banale. La qualité photographique est souvent mauvaise, avec un grain et une tonalité peu envoutante - et il semble que l'on pourrait trouver beaucoup de clichés d'un égal intérêt chez des particuliers, puisqu'encore une fois, la seule différence notoire, est dans le nombre qui fait série. Le tirage de son côté n'est pas exceptionnel. Bref, une exposition assez surfaite à notre goût. Parce que présentées dans des lieux consacrés, ces photographies prennent de la valeur. Nous sommes pourtant loin de Walker Evans, de Lee Friedlander ou de Eliot Erwitt

lundi 17 novembre 2014

Sade, attaquer le sommeil

Bien sur qu'il parait courageux dans une institution recevant des milliers de visiteurs d'exposer des gravures et des images licencieuses vouées en principe à demeurer dans le secret de l'alcôve. Il n'y a pas si longtemps qu'un éditeur était condamné pour avoir publié Sade, et à l'heure des ligues de vertus renaissantes et des pères la pudeur qui protestent par exemple contre l'exposition Titeuf à la Cité des Sciences, on est en droit de s'inquiéter des réactions. Mais Sade ne semble plus déranger, et cela peut étonner. C'est même peut être là un signe : si Sade n'est plus sulfureux, c'est qu'il n'est plus dérangeant, qu'il n'est plus moderne. On peut l'exposer dans un grand musée national comme Orsay, sans provoquer aucune réaction. Qu'est ce que cela signifie ? C'est au final ce que l'on aurait aimé analyser grâce à l'exposition. Or, recenser les dessins, les peintures et autres productions peuplés de nus, de phallus, de corps violentés, de supplices et autres joyeusetés est au final assez lassant. Un brin ennuyeux. Ca amuse cinq minutes, mais on a l'impression au final que tout cela est assez peu nouveau. Ce qui est était transgressif au temps des surréalistes est devenu complètement intégré par la société de consommation du sexe. Peut être même que ce qui était excitant du temps de Bataille pour des générations rendues névrosées par des siècles de christianisme tend à devenir une simple bizarrerie. L'exposition fait feu de tous bois, dans un joyeux amalgame, et c'est volontiers sa limite. L'analyse de l'érotisme sadien, de sa nature, mais aussi de la portée et des incidences de sa philosophie, sans parler de la qualité de son écriture littéraire, paraitrait plus opportune. En quoi Sade est il encore intéressant aujourd'hui ? Ce sont ces questions que l'on aimerait explorer. L'exposition de Régis Michel au Louvre il y a quelques années, La peinture comme crime allait bien plus loin que celle d'Annie Le Brun, et d'une autre manière, X spéculations sur l'imaginaire et l'interdit au MEN également. Bref, en se prétendant subversif, Orsay propose quelque chose au final d'assez classique et convenu. 

mardi 11 novembre 2014

Museomix 2014, un bon cru

ça y est, jour de repos après 4 jours de folie pour les 950 museomixeurs et les personnels des 7 musées répartis dans le monde (Saint-Etienne, Arles, Nantes, Lille, Genève, Derby et Montréal) qui ont travaillé jours et nuits pour faire aboutir des prototypes déraisonnables. Avec une quarantaine de propositions, cette édition 2014 se sera déroulée dans une assez grande sérénité, même s'il existe toujours des coup de stress et des imprévus. Le public était au rendez-vous dans les sites le dimanche, et certains lieux poursuivent l'aventure en présentant le travail réalisé durant toute la semaine. La médiation se réinvente ensemble. Le journal Le Monde lui-même y consacre un article. L'événement s'inscrit dans le paysage. A Lille, étaient présents beaucoup d'étudiants du master MEM, mais aussi d'anciens étudiants, dont beaucoup dans l'organisation, - mais le MEM était représenté aussi à Derby et à Arles ! - et au final dans tous les sites, puisque le master est partenaire de Museomix global pour conduire l'évaluation. Par conséquent encore du travail en perspective pour mieux préparer 2015 !

dimanche 2 novembre 2014

Niki vous fait du bien

Ce n'est pas vraiment ce qui est le plus original aujourd'hui que de se précipiter à l'exposition Niki de Saint Phalle, aux Galeries nationales du Grand Palais, tant tout le monde ne parle que de ça, mais c'est avec raison, car c'est effectivement une très belle exposition, très intelligente et très sensible. On peut se régaler des oeuvres, mais aussi des extraits d'interviews et d'une scénographie subtile qui met à merveille en valeur les propositions. Si ce sont les oeuvres de la première période qui sont pour nous les plus touchantes, déclinaisons des mariées, des prostituées et des sorcières, la série des nana ou encore les triptyques sont autant de moments délicieux. Nous goutons moins la dernière partie sur les réalisations architecturales, plus spectaculaires dont l'effet en salle est nécessairement amputé. En huit parties, l'exposition invite à un parcours plein de surprises. Une application numérique fort bien faite et des médiations pour les personnes non voyantes semblent d'une grande efficacité. Choisir plutôt les nocturnes pour apprécier vraiment l'exposition.

mardi 28 octobre 2014

National Gallery : 2h53 au musée, mon dieu que c'est long !

Frederick Wiseman nous avait déjà passablement endormi avec un film de 4h40 sur l'université américaine intitulé At Berkeley, un documentaire fort ennuyeux qui n'en finissait pas de ne pas savoir où il allait, mais voici qu'il s'en prend au musée et qu'il jette son dévolu sur la National Gallery, avec 2h53 qui s'étire en longueur. Car le film n'a aucun parti pris, ne développe aucune thèse, ne met en oeuvre aucune perspective, mais enchaine des entretiens, des publics nécessairement contemplatifs (comment en serait-il autrement dans un musée d'art ?!) et de très beaux plans sur de très belles oeuvres. Certes, il y a là plein de chefs d'oeuvres dans ce musée, mais avait-on besoin d'un film pour le savoir ? Cela dure 2h53, cela pourrait durer 15 heures ou trois jours, car aucune raison ne dicte la durée, puisque les extraits s'enchainent et reviennent sans ordre logique. Un musée, c'est par nature infini dans ses possibilités. On songe à la distance avec la série des Palettes, films qui proposent de vraies lectures des oeuvres et surtout du film de Nicolas Philibert, La Ville Louvre, qui date d'environ 25 ans... Si ce film a vieilli, il demeure un documentaire pertinent sur les coulisses du musée et sur ses métiers. A la National Gallery, il est davantage question de rentrées de fonds, de sponsors et de budgets, sans doute le reflet d'une époque. Pour le reste, il y a bien quelques éléments intéressants, sur telle ou telle analyse, telle restauration, mais le moment du film le plus distrayant est encore lorsque Greenpeace intervient pour le climat, pour le reste c'est ennui assuré.

dimanche 19 octobre 2014

Matière grise : matériaux, réemploi, architecture

Intéressante exposition, astucieuse dans son principe, avec de belles idées de médiation pour expliciter les informations développées, présentée au Pavillon de l'Arsenal sur l'architecture de récupération. Construire c'est bien, mais reconstruire avec des matériaux recyclés c'est mieux ! Car les ressources de la planète s'épuisent alors que les déchets s'accumulent, point de départ de la démonstration. Chaque image explicite les innovations de par le monde et des textes bien composées expliquent que d'autres utopies sont possibles pour aménager les bâtiments à l'avenir. "Consommer plus de matière grise pour consommer moins de matériaux", telle est la devise de tous ces projets qui ont en commun de proposer des créations originales à partir de vieux pneus, de bouteilles, de portes et fenêtres ou de palettes usagées, mais aussi des moquettes, des vieux vêtements ou encore des caisses de bières. Bien des données sont avancées, sur un mode simple et efficace. Bel exemple expographique de ce que l'on peut faire pour dépasser l'exposition panneau et mettre en scène des données qui s'avèrent d'emblée peu facile à exposer. Ajoutons que l'exposition s'applique à elle-même les principes prônées en jouant de la récupération des scénographies précédentes pour se réaliser. Des ateliers de fabrication sont conduits en complément pour mettre la main à la pâte. Un petit régal.

jeudi 16 octobre 2014

Scènes de crimes au musée

Le Musée de la photographie de Charleroi convie à une exposition pour le moins singulière, âmes sensibles s'abstenir ! Nous avions parlé il y a quelque temps d'une exposition présentée au Grand Cursus de Liège sur les archives de la police, ce sont aujourd'hui celles de la criminelle qu'expose le musée de Charleroi. Effectivement, la photographie est un instrument scientifique et documentaire, un outil de travail pour les enquêteurs, aussi est-elle prise avec soin et procédure. L'exposition présente ainsi des récits de crime avec bien souvent des mises en scène à faire frémir. Rodolphe Archibald Reiss, le photographe, s'est spécialisé dans le théâtre du crime, auquel l'exposition rend ici un hommage impressionnant. Une occasion pour revoir ce très grand et très beau musée, et le parcours permanent au gré de l'histoire de la photographie.

samedi 11 octobre 2014

Talisman, magie et autres sortilèges

L'antenne Nord Pas de Calais, de l'IMA, Institut du Monde Arabe de Paris, mérite d'être connue. Elle effectue un travail sur le quartier de La Tossée, ancien lieu industriel en réhabilitation de Tourcoing. Son exposition est consacrée à Un Art secret : les écritures talismaniques de l'Afrique de l'Ouest. Drôle de titre d'abord, puisqu'il ne s'agit pas vraiment d'un art, mais plutôt de croyances envers des esprits qui animeraient nos vies et les orienteraient. Ainsi en portant sur soi des gris-gris et autres fétiches, l'individu croit influencer le destin. Bon, passons sur les pratiques obscurantistes que Les Lumières ont combattu en leur temps et qui se voient désormais réhabilitées par les ethnologues comme autant de pratiques culturelles quasi savantes. Ces rituels magiques ont lieu un peu partout dans le monde, et nous avons l'impertinence de penser qu'il est assez heureux qu'un certain rationalisme scientifique les ait rendu un brin étranges. L'exposition rend compte de cette imbrication entre magie et religion, quand le Coran s'en mêle, et présente des objets jetés au rebut dans les décharges une fois leur potentiel épuisé. Exposition intéressante, qui n'est pas sans laisser dubitatif sur la fonction de l'institution culturelle, est-ce vraiment son rôle que de présenter sans accent critique un rituel comme si on avait là affaire à un art populaire qui mérite d'être légitimé ? Vaste débat qui ne manquera pas de faire naitre les controverses... En attendant, c'est gratuit et accompagné d'ateliers, conférences et débats sur le sujet.

jeudi 2 octobre 2014

Arras vous fait la cour

Une fois n'est pas coutume : transgressons nos principes de ne parler ici que des expositions que nous avons vues ! Pour une fois parlons d'une exposition que nous n'avons pas encore eu la chance de découvrir. Nous nous sommes pourtant rendus à l'inauguration, mais il y avait tant de monde qu'il était inutile d'espérer la voir dans de bonnes conditions, il faut dire que Manuel Valls avait fait le déplacement. C'est peut-être ce moment là que Didier Rykner a choisit pour visiter, d'où sa mauvaise humeur. Car sur le site de la Tribune de l'art, le critique assassine littéralement l'exposition. Grosso-modo deux arguments sont mis en avant. Le premier est qu'il ne faut pas éloigner des institutions parisiennes le patrimoine et que tout transport est donc suspect d'être dangereux, surtout si c'est pour les gueux de province. Le même auteur nous servait la même sauce il y a deux ans à propos du Louvre-Lens. Bref, rien de nouveau. L'autre argument est plus fondamental et s'attache à critiquer la scénographie, surtout lorsqu'elle ne se résume pas à de belles vitrines et de savants éclairages. Les choix de mettre en contexte et d'être un peu trop explicite et littéral déplait, encore plus d'être ludique, même si cela permet à ceux qui n'ont pas la chance de faire partie des élites de s'approprier un peu mieux les oeuvres. Il y a aurait beaucoup à dire sur les propos réactionnaires de Rykner, le patrimoine étant sacralisé pour lui-même et non utilisé pour faire vivre des expériences à nos contemporains. Nous pourrons y revenir, notons seulement qu'une fois encore, il faut remettre sur le métier l'ouvrage face à des supposés experts qui entendent nous faire la leçon.
Merci pour la photo empruntée à http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20140927.AFP6996/exposition-arras-vous-fait-la-cour-visite-intime-du-chateau-de-versailles.html 

mardi 30 septembre 2014

Le Goût des autres

Fort intéressante exposition à l’Abbaye de Daoulas sur l’alimentation au travers le monde, complétée d'une seconde exposition sur le peuple de l'Omo, dans les jardins, avec des photographies de Hans Silvester, très forte également. Comme à son accoutumée, le lieu propose un voyage à la rencontre de la diversité des manières de faire sur la planète. Quoi de plus universel en apparence que l’alimentation ? Quoi de plus spécifique et attaché à une culture et à un territoire, à une histoire et aux hommes et femmes qui l’habitent ? Quoi de plus évident pour dire la bêtise du racisme alors que la France regorge de restaurants exotiques et que ceux qui mangent mais ne pensent guère aiment à se faire des merguez le samedi soir ou à dévorer une pizza ou des sushis mais à vanter haut et fort les mérites de leur seule petite patrie ? Dans cette terre de Bretagne, à l’extrême Finistère, là où tout commence parait-il, Daoulas affirme que les échanges sont nécessaires et enrichissants. Cette exposition le démontre, une fois encore en allant de la Bretagne bretonnante et ses traditions culinaires jusqu’en Chine ou en Inde, et à nous convier à de multiples voyages. Très belle scénographie de l’agence Gulliver également, ingénieuse et pleine de surprises. Belle tenue du propos, belle qualité de présentation, pour un moment agréable et instructif. Des expositions de société, comme on les aime ! 

mercredi 24 septembre 2014

Tiki Pop, une dose d'exotisme

Drôle d'exposition proposée par le musée du Quai Branly, Tiki Pop met en scène une mode des années d'après guerre, sévissant surtout aux Etats-Unis, qui cherche dans les îles lointaines de l'Océanie des ressources en imaginaire pour agrémenter son quotidien. Ainsi les boites de nuits, les bars et les restaurants, les bowlings et les motels, la musique et les vêtements, les films et les bandes dessinées, mais aussi la publicité recourent à des images stéréotypées des mers du sud. Qui n'a jamais rêvé de la Polynésie, longtemps conçue comme un paradis sur terre ? L'exposition introduit le sujet de manière assez austère, dans une scénographie un peu pauvre, alors que l'on pourrait s'attendre à des reconstitutions et des ambiances légères. Celles-ci arrive plus tard dans la parcours quand le visiteur découvre enfin un bar reconstitué. On sait que le Quai Branly est peu adepte des reconstitutions et les expositions semblent y céder avec parcimonie et très timidement. Les objets et les discours sont dans l'ensemble assez répétitifs et on reste un peu sur sa faim pour les analyses, - nous sommes loin de la merveilleuse exposition Kanibales et Vahinées, présentée il y a longtemps au MAO -, mais l'exposition devient plus convaincante sur la fin, au fur et à mesure que l'on progresse dans le parcours.

vendredi 19 septembre 2014

Le FRAC Centre à la conquête de l'espace

Le FRAC à Orléans se visite d’abord pour le coup d’oeil. Il porte bien son nom car Les Turbulences jettent un coup de jeune à la ville. Si l’architecture du FRAC de Franche-Conté laisse à désirer celui du FRAC Centre est convaincant. L'Agence Jakob & MacFarlane proposent des espaces agréables et surprenants, une insertion qui met en valeur l’ancien bâtiment, qui n’avait rien d’exceptionnel tout en soulignant par un geste contemporain que nous sommes bien entrés dans le XXIème siècle. C’est cohérent aussi avec les collections, car c’était un défi à relever, plus à Orléans qu'ailleurs, pour des architectes qui savent qu’ils seront nécessairement analysés alors que le lieu consacre, fait rare pour un FRAC, un espace d’exposition permanent dédié justement à l’architecture. C'est là depuis longtemps la spécificité du FRAC Centre et de la ville d’Orléans. Des belles maquettes, la collection en conserve près de 800, révèlent les utopies et les rêveries de ceux qui construisent pourtant notre quotidien. On peut y suivre les démarches conduites depuis quarante ans pour repenser les formes et les fonctions.

jeudi 4 septembre 2014

L'Amour, c'est pas si bête

L’exposition sur l’Amour chez les bêtes présentée au museum de Dijon n’évite pas les écueils du sujet, à commencer par le titre. Parler «d’amour», terme pour le moins humanocentrique, voire même anthropocentrique, alors que l’on aborde la sexualité animale est problématique. Sans assumer vraiment ce que peut avoir de discutable l’assimilation, et sans aller jusqu’à traiter de la sexualité humaine, on va de l’amour chez les humains à la sexualité animale. Seule ligne de partage acceptable les comportements de séduction mise en oeuvre, mais pourtant déclinés de façon fort variable. Ces amalgames omniprésents et récurrents chez les ethologues constituent la trame d’un scénario assez peu probant. Sans entrer dans le détail, même si des assimilations énervent, tel que l’amour maternel naturalisé comme évidence... D’autres choses sont plus amusantes, comme la question autour de l'utilité des mâles, des changements de sexe chez certaines espèces, etc. Tant que l’exposition reste sur son sujet, la sexualité animale, elle est pertinente. La même constatation pouvait être faire dans Bêtes de sexe l’année passée dans la dernière salle du Palais de la Découverte, mais l’exposition dans son ensemble n’était pas du même calibre. 

lundi 28 juillet 2014

Aux Augustins : Jorge Pardo

Drôle d’intervention de Jorge Pardo, invité par le Musée des Augustins dans le cadre du Festival international d’art, pour une installation qui restera en place durant les deux prochaines années. Au coeur de la salle capitulaire, des chapiteaux un peu délaissés seraient mis en valeur par l’intervention de l’artiste. Bon, s’agit-il vraiment d’une oeuvre ? D’une simple scénographie ? Y-a-t-il désormais une différence entre les deux démarches ? Est-ce là le signe de notre monde, qui entoure désormais de kitsch et de décorations toutes les productions humaines pour les reléguer dans un vaste supermarché culturel ? Car l’intervention est symptomatique de ce mauvais goût américain que l’on retrouve couramment mis en oeuvre pour la décoration de restaurants italiens, qui se prétendent chics dans l'espoir d'attirer une clientèle de parvenus. Il y en a plein les zones commerciales ! Rien de tragique dans cette accumulation de couleurs criardes et de vilains carrelages, sans parler des lustres grotesques. On ne voit plus trop les chapiteaux, mais ce n’est pas bien grave, de toute façon ils sont d’un mortel ennui, en revanche on passe du temps dans cette salle à se demander ce que l’on voit, et puis cela fait rouspéter tous les réac, et ça c’est le plus amusant. Et ça change aussi un peu nos horizons, c'est toujours ça. 

lundi 21 juillet 2014

Retour sur une exposition légendaire

A la fin des années 80, période faste pour la muséologie, en 1989 exactement se tenait au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette, une exposition Les Magiciens de la terre, sous la commissariat général de Jean-Hubert Martin. Cette exposition fera date pour plusieurs raisons, mais d'abord parce qu'elle affirme et revendique un décloisonnement des cultures, en présentant des artistes du monde entier. Elle pose surtout la question "Qu'est-ce que l'art ?", et par extension "Qu'est-ce qu'un artiste ?" En mélangeant les arts, mais aussi l'artisanat et les formes inclassables provenant des collections ethnographiques - ce qu'avaient déjà esquissé les surréalistes par exemple, par recherche et par provocation et non comme modèle partagé -, une approche se voit consacrée et légitimée par l'institution, et désormais acceptée comme paradigme par les publics. 25 ans plus tard, Beaubourg revient sur cette exposition, sous la houlette de Annie Cohen-Solal en demandant à l'artiste Sarkis de concevoir une frise d'images évoquant l'exposition.
Démarche fort intéressante que de revenir sur des expositions cultes et de les revisiter (c'était le cas de la célèbre exposition de Harald Szeeman de la Kunsthalle de Berne de 1969 revue l'an passé à la biennale de Venise). Toutefois, on demeure un brin déçu que les questions de fond soient éludées, sur les effets de l'exposition sur le long terme (par exemple la programmation de la Fondation Cartier nous semble dans la droite ligne des Magiciens de la terre), mais aussi sur les enjeux et problèmes induits, par exemple la confusion entre art et ethnographie... Car s'il est un paradoxe, c'est bien qu'au nom de l'anticolonialisme, c'est encore l'Occident qui choisit certaines formes et qui les fait sortir de leurs fonctions premières pour les sacraliser en objets esthétiques. Il aurait été pertinent d'ouvrir un débat.
Le plus intéressant ce sont les documents d'archives qui dévoilent les manières de travailler de l'époque, la définition du concept scénographique et les moyens consentis pour réaliser une exposition, avec force expéditions de par le monde, cela fait rêver ou laisse songeur...
A noter ce site internet sur l'exposition de 1989 pour les archives : http://magiciensdelaterre.fr

dimanche 13 juillet 2014

Tous photographes ! La Charte des bonnes pratiques

Bientôt en première page du site du ministère ! La Charte des bonnes pratiques invitant les musées, d'abord les musées nationaux, mais à titre d'exemple pour l'ensemble des lieux, à non seulement autoriser, mais encourager les visiteurs à faire des photographies dans les musées. Rarement les séminaires d'un groupe de travail (conduit en 2012-2013), une journée d'étude (que nous avions co-organisé au Louvre-Lens), mais aussi une publication en muséologie (Visiteurs photographes au musée, publié avec Anne Krebs et Mélanie Roustan à la Documentation française), n'auront eu autant d'impact. Le ministère va même plus loin en proposant non seulement une charte, mais aussi un logo et une très belle affiche à télécharger et à apposer dans les musées, ainsi qu'une campagne de clips sur les services publics de l'audiovisuel. Voilà qui devrait peut-être, on ne sait jamais, convaincre les plus récalcitrants à revoir leur position... Rappelons que l'affaire est partie d'un collectif de visiteurs mécontents, le groupe OrsayCommons, dont les actions à Orsay ont déclenché toute la réflexion sur l'importance de laisser les visiteurs s'approprier avec ce premier geste créatif : la prise de vue. Depuis, en quelques années, une évolution notoire est à constater. C'est aussi un courrier adressé au ministre par un collectif de citoyen et de représentants d'associations qui a déclenché la volonté de se pencher sur la question et de faire évoluer les esprits. De quoi démontrer que l'action citoyenne peut avoir des effets tangibles et redonner de l'espoir.
Pour en savoir plus : http://www.culturecommunication.gouv.fr/Ressources/Documentation-administrative/Tous-photographes-!-La-charte-des-bonnes-pratiques-dans-les-etablissements-patrimoniaux

samedi 12 juillet 2014

Le Mur : oeuvres de la collection Antoine de Galbert

Une fois de plus Antoine de Galbert nous surprend. En mettant en scène sa collection à la Maison rouge, à l’occasion des dix ans de la Fondation (car il n'y a pas que la Fondation Cartier qui fête son anniversaire !), avec une exposition intitulée Le Mur, le collectionneur invite un logiciel pour assurer le commissariat ! Drôle de pied de nez ou de provocation envers le milieu.  Il s’agit de placer le plus d’oeuvres dans un espace contraint. Sur 278 mètres de cimaises, le projet est de dérouler la collection sans prendre parti. Faire croire à la neutralité du logiciel qui choisirait en fonction de la taille des oeuvres (mais peut-être n’est-ce pas si différent au final de certains choix faits ailleurs !). On s’étonne malgré tout de quelques rapprochements malicieux et on a du mal à croire que c’est le pur hasard, mais le doute subsiste. Exercice muséologique intéressant en tous les cas. Cela révèle aussi les choix du collectionneur, souvent morbides, malsains ou au moins étranges, mais pourquoi pas. Une exposition sous le signe de l’accumulation, l’aléatoire, le jeu, le relatif, le goût ou plutôt le mauvais goût... Signalons surtout le système de cartels numériques, disponible sur son smartphone certes, mais aussi sur des tables tactiles, oeuvres classées par mur. Si ce n’est pas toujours très pratique, la volonté de rendre le cartel portatif et emportable est dans l’ère du temps et s’avère ici particulièrement judicieux. Qui plus est, pour une fois, on peut prendre des photos, on ne s'en plaindra pas ! 

dimanche 6 juillet 2014

Samouraï à Nantes

Drôle d’idée de faire une exposition Samouraï à au Château des ducs de Bretagne à Nantes, mais c’est l’occasion de revisiter 1000 ans d’histoire du Japon. Le musée d’Histoire ne s’enferme donc pas dans un seul rôle de mise en avant de l’histoire locale, avec la bretagne bretonnante, et c’est tant mieux. En prenant le thème du Samouraï, c’est l’occasion de nous faire réfléchir à nos connaissances en la matière, au final si réduites, alors que nos imaginaires sont saturés de représentations. Finalement le stéréotype ne l’emporte t-il pas sur la réalité ? On pourra à ce titre trouver que l’exposition fait une fois de plus la part belle aux collections, certes splendides, au détriment des aspects les plus contemporains qui sont traités en fin d’exposition assez rapidement. Pourtant l’imaginaire de la science-fiction, des mangas, des films et dessins animés se nourrissent de cette histoire. Partir de cela pour s’interroger sur l’histoire réelle nous aurait paru moins classique..., mais ne boudons pas notre plaisir, le traitement de l’exposition est très plaisant, avec une iconographie splendide. Le début et la fin de l’exposition se répondent magnifiquement avec un beau traitement scénographique (un petit bémol pour les socles sur lesquels reposent les sabres qui sont d’une laideur étonnante, sans doute une urgence avant l’inauguration, chose qui sera remédiée ensuite ?). Une exposition à voir et à admirer jusqu'au 9 novembre.

jeudi 3 juillet 2014

Toulouse Ours

Très belle exposition Ours. Mythes et réalités au Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse qui invite à se frotter à la bête mythique, à ses croyances, aux légendes, mais aussi à ses modes de vie, à la diversité des espèces, à ses conditions d’évolution et à sa mise en danger. Si le cas de l’Ours Cannelle n’est pas le motif principal de l’exposition, elle est bien présente pour le plus grand plaisir des journalistes. Dommage peut-être de n’avoir pas joué le jeu d’un véritable espace d’interprétation où les partisans et adversaires ce seraient entretués hardiment, le musée jouant son rôle d’activateur des débats au sein de la société contemporaine. En demeurant hors de la polémique, on préserve le rôle objectivant et scientifique de l’institution, mais au détriment d’un investissement des concitoyens dans le lieu. Reste que c’est une très belle exposition, que l’on prend plaisir à visiter. Les métaphores entre l’ours et l’homme sur les comportements, les analyses de Jean-Christophe Victor ou de Boris Cyrulnik apportent également des dimensions supplémentaires.