CayVpNAT7ml2gRzbwqbd/1MvPCt81BAtirczG/NTy3s= MuséoGraphie-MuséoLogie: roman et musée
La Formation en muséologie :

Vous êtes intéressés par une formation initiale ou par la formation continue en muséologie et muséographie ? La formation MEM : Master Expo-Muséographie, en conception des expositions de l'Université d'Artois est faite pour vous !

Voir les renseignements :

ou sur le site de l'Université : (document à télécharger colonne de droite) ou sur ce lien.

Master MEM

Affichage des articles dont le libellé est roman et musée. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est roman et musée. Afficher tous les articles

dimanche 14 décembre 2008

Musée haut musée bas, le film

Après la pièce de théâtre, le film. Si les lieux sont démultipliés et incarnent plus de véracité que lors de la représentation théâtrale, les dialogues eux sont fidèles au texte de la publication. Musée haut, musée bas, de Jean-Michel Ribes, est un pastiche de l’institution, et comme toute caricature, elle ne fait pas toujours dans la nuance ou dans l’exactitude, mais il ne s’agit pas de proposer un documentaire sur le musée. On appréciera l’humour qui sert un regard tendre mais sans complaisance sur l’institution. Quelques pointes décochées envers l’art contemporain doivent faire crisser les dents des intégristes du secteur, mais s’avèrent assez savoureuses. Le happening et le meurtre au musée comme œuvre d’art thérapeutique demeure le nec plus ultra qui reste à atteindre alors que tout à été déjà tenté et que l’idéal contemporain de la création n’est pas de parfaire mais d’innover.
La brochette d’acteurs qui sont invités à visiter les lieux est impressionnante, et sert à dresser une typologie des visiteurs qui fera sourire le spécialiste des publics. Le conservateur hanté par la dégradation et l’envahissement de ses collections par une nature qui entend reprendre ses droits est aux yeux de l’éternité assez juste, la volonté de conservation étant par essence contre-nature et au final assez vaine. Le raccourci qui est dressé par la mise en scène d’une fin du monde des musées fait frémir les amoureux des collections - ainsi cette petite danseuse de Degas chavirant au sol fait se raidir dans son fauteuil ! - mais à le mérite de rappeler notre incommensurable finitude, ce dont l’art traite toujours au final, pour évoquer la figure tutélaire de Malraux qui hante les débuts du film. Malgré certaines longueurs et quelques faiblesses, ce film grand public est assez plaisant à découvrir pour le muséologue !

mercredi 3 décembre 2008

L'origine de la marchandisation

Courbet est pornographe, des critiques l'ont affirmé, mais ce n'est ni le premier, ni le seul. Et il n'y a pas là de quoi s'émouvoir. Mais Courbet est-il responsable de la décadence de l'art ? Courbet est-il, qui plus est, responsable d'avoir aliénée l'image de la femme, soudain réduite au rang d'objet, la réifiant au point que ce peintre apparaisse à l'origine d'une conception marchande du corps humain? Courbet est-il un antiféministe viscéral ? Ces questions sont décidément bien curieuses, mais ce sont les thèses tenues par le héros du roman de Rezvani L'Origine du monde, ouvrage publié en 2000.
Après tout, ce n'est pas aussi ridicule qu'il y paraît, n'est ce pas la première représentation d'un corps humain partiel, présenté par morceau ? Si le tableau fit et fait encore scandale (il n'y a pas si longtemps qu'un livre le portant en couverture fut interdit de devanture de librairie dans certaines villes), c'est aussi qu'il dépasse assurément ce qu'il montre, et qu'il est l'ingénieux point de départ d'une façon de représenter le corps qui n'avait pas cours auparavant. Alors coupable Monsieur Courbet ? En tous les cas, Bergamme le héros du livre, le croit fermement et entend dérober le tableau pour l'achever, le faire disparaître en le menant à son terme. Car ce n'est pas la seule théorie curieuse du personnage, qui se montre violemment hostile aux musées sous prétexte que ceux ci sont des cimetières pour les oeuvres. Il reproche que celles-ci doivent, dès leur intégration aux collections muséales, stopper leur développement en s'immortalisant à un moment de leur histoire (encore que certaines restaurations...). Lui vise au contraire à les poursuivre et les améliorer, et si la peinture
qu’il leur ajoute est évidemment un véritable massacre, il ne doute pas pour autant de son bon droit. Inébranlable certitude qui devrait faire réfléchir ceux qui pensent détenir la science et la vérité... « " C'est d'accord, les gens se pressent dans nos musées non pour voir des tableaux, nous le savons bien... et encore moins pour méditer devant eux mais pour retrouver en quelque-sorte la « matrice » qui a servi à l'impression de leurs T-shirts, par exemple, ou à l'agrandissement d'un visage ou d'un détail pour les besoins d'une publicité qui se vante d'ajouter à ce monde un plus de culture quand en réalité elle vulgarise et banalise l'Art » : non ce n'est pas Jean Clair qui écrit ça, mais le héros qui tient une de ces fameuses théories ! D’autres curiosités muséologiques y sont développées. Le roman est riche de bien d'autres aspects, trop même car il déborde et le lecteur finit par se perdre dans tant de rebondissements, mais le plus curieux n'est-il pas la façon dont le personnel du musée accompagne finalement ce piètre héros, ayant finalement pris l'art en aversion à force de le fréquenter ? Drôle d'ambiance assurément !

Pour ceux qui aiment à lire des romans évoquant les musées, nous rappelons les deux excellents titres que nous avions présenté dans La Lettre de l'OCIM n°115 :
Le Patrimoine de l'Humanité, petit livre fort drôle sur les agents de surveillance, de Nicolas Baujon. à La Dilettante en 2006.
Le Musée du silence, concernant un muséographe bien spécial ! de Yoko Ogawa, chez Babel en 2003.
pour voir le compte rendu : voir ici
On pourra lire également de Jean-Pierre Keller, Meurtre au musée, Editions Zoe, 1995. Drôle d'ambiance dans ce musée bien spécial ! L'art contemporain poussé à sa logique extrême, le meurtre comme ultime oeuvre d'art...

mardi 19 août 2008

Tryptique de l'ongle, de Bernard Comment

Comme aucun artiste ne semble encore avoir osé, un romancier l'a fait non sans malice. Dans un autre temps, on a connu à Beaubourg une exposition de femmes pour dénoncer la femme objet. Il s'agit ici d'autre chose. Proposer d'exposer « des chômeurs en fin de droits », voilà la performance que cet artiste en art contemporain n'hésite pas à conceptualiser savamment , mais comme cela demeurerait insipide, il leur donne un savant coup de marteau sur un des ongles du pied pour que celui-ci noircisse, se détache et finisse par tomber. Lorsque les dix ongles des dix figurants sont tombés, l'exposition est terminée. Une façon de remettre en cause les barrières du temps ! Est-ce une exposition, une installation, un spectacle, un happening ? Comme souvent en art contemporain les frontières se brouillent, et la façon dont le romancier aborde la question, par trois regards distanciés est souvent savoureux. Une manière d'interroger les limites possibles de l'art et de l'exposition.