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mercredi 5 juin 2013

De l'importance de la scénographie...

Etonnant article, au très beau titre : Scènes de musée, paru dans le Cahier spécial Cultures et Idées du Monde du samedi 1er juin à propos de la scénographie d'exposition. On croit rêver en le lisant ! D'abord confusion totale entre le métier de muséographe et celui de scénographe, la journaliste Roxana Azimi passant de l'un à l'autre sans distinction. Il faut dire que le Louvre lui-même ne semble pas encore comprendre la différence... Les métiers ont pourtant évolué depuis les années 50 et les cours de George Henri Rivière, et il serait quand même bon que les musées de beaux arts en prennent acte.
Mais surtout le fond de l'article est très réactionnaire. Cela commence par les propos de Rudi Ricciotti, à l'honneur cette semaine avec l'inauguration du MUCEM, qui prétend d'entrée de jeu que la scénographie est une démarche impéraliste qui colonise l'architecture. D'autres conservateurs estiment que cela parasite les oeuvres. Nous avions entendu de semblables propos lors de la construction du Quai Branly... L'article appuie sa démonstration très manichéenne sur de mauvaises expositions, notamment Bohèmes, et ce n'est pas Robert Carsen, son scénographe, qui se trouve être le meilleur avocat. Révoltante pourtant la manière d'ignorer l'importance de la scénographie, et sa signification profonde pour le discours de l'exposition. L'exposition n'est plus la simple addition des oeuvres et des discours tenus dessus, et si elle est autre chose, c'est par sa formulation spatiale et expérientielle. Le développement de la scénographie est un des grands apports de ces 30 dernières années, il semble que certains ne s'en sont pas encore aperçus, ou que cela les irrite... Heureusement, l'association des Scénographes dispose d'un site pour mieux expliquer le métier, et un collectif sort prochainement un Guide de conception des expositions, qui revient sur ces distinctions. Nous le présenterons sous peu.

jeudi 4 avril 2013

The Museum of everything

Fin d'exposition pour ce musée très étrange, présenté cet hiver boulevard Raspail à Paris, avant de partir pour Londres, Moscou et ailleurs... L'exposition semble une bonne affaire, puisque l'on se presse pour voir des oeuvres d'art brut, peu innovante au fond, puisque beaucoup d'artistes sont déjà bien connus, mais "révélé" dans une ambiance trash pour faire plus vrai... Si vous aviez aimé le Palais de Tokyo, et sa friche d'attraction culturelle, puisqu'il s'agit en quelque-sorte d'un parc mimant l'univers alternatif, il est certain que vous trouverez le Muséum of Everything à votre goût. C'est juste un cran au-dessus dans la commercialisation de l'alternatif. Le parcours n'est pas soumis à l'accessibilité handicapé, semble-t-il, les musées privées peuvent ainsi s'émanciper des règles sévissant dans le public ? Et il est permis de mettre en scène avec trois francs six sous des collections produites par des marginaux et de remplir le tiroir caisse. Et comme il n'est pas de petit profit, la prise de photo est soumise à une amende de 1000 euros ! Transgression s'abstenir !

jeudi 3 juin 2010

Mythologie du musée

Il est important de lire Bernard Deloche car c'est toujours stimulant pour l'esprit, cela réveille des conformismes qui guettent toujours. Sa dernière parution, Mythologie du musée au Cavalier bleu ne déroge pas. Bernard Deloche règle ses comptes avec l'institution musée comme un amoureux déçu. Il demande tant qu'il s'avère insatisfait des plaisirs qu'on lui prodigue. "Qui aime bien châtie bien " dit le proverbe populaire, et c'est ainsi qu'il faut comprendre les reproches de l'auteur. Deloche aurait rêvé tellement plus. Toutefois, il nous semble qu'à force de proclamer l'abstinence et le divorce, l'auteur développe une vision non seulement caricaturale, mais assez passéiste des lieux. A force de ne pas les fréquenter, il construit une mythologie du musée, sa propre mythologie, l'image d'une institution très éloignée de ce qu'elle est réellement. Ainsi, quand il écrit (p.56-57) que le musée est coupé du présent "refusant toute forme de rapports interactifs", l'information circulant à sens unique de haut en bas, nous ne pouvons pas le suivre. C'est vrai de l'archétype du musée, et il est vrai que beaucoup de musées de beaux arts sont encore ainsi, mais c'est faire silence sur tellement d'autres lieux, et pas seulement des musées de science, muséum, musées de société, écomusées... qui explorent actuellement des mises en dialogue, des échanges. Le Web.2 sert du reste beaucoup à cette co-construction des espaces de visite et même des discours.

Quand Deloche reproche que le rap et les tags ne paraissent pas avoir leur place au musée (p.58), c'est exactement le reproche inverse de celui adressé par un Jean Clair ou un Yves Michaud... On sait aussi que Didier Rykner dans Le Spleen d'Apollon a amalgamé le Louvre Lens et Abu Dhabi comme les deux faces d'une même médaille, mais c'est à notre avis abusif (p.61). On passe sur de nombreuses remarques que nous aurions à faire, mais avancer que le Musée d'Ethnologie de Neuchâtel produit ses expositions à partir du public (!!!)... ou encore que le musée Gadagne de Lyon s'intéresse à la vie sociale et aux rythmes de la ville contemporaine (!!!!!), c'est un peu fort de café... Bernard, fais toi violence, s'il te plaît retournes un peu faire des visites...

mardi 11 mai 2010

Faire des expositions sans le savoir

Il est de moins en moins rare que des lieux autre que des musées proposent des expositions. Ainsi les monuments historiques, les bibliothèques, mais aussi les centres interdisciplinaires et même les lieux dédiés au spectacle vivant. C’est une bonne chose en soi, cela démontre que le média exposition demeure incontournable pour communiquer à l’heure notamment des nouvelles technologies. Toutefois, cet enthousiasme à son revers, car si beaucoup de lieux spécialisés font des expositions peu abouties, les propositions de ceux qui n’ont aucune compétence et savoir faire en la matière aboutissent souvent à des résultats catastrophiques du point de vue muséographique. Loin de défendre des chapelles et pré-carrés, mais il faut dire simplement combien le métier de concepteur d’expositions réclame une technicité qui ne s’invente pas. Que les expositions ne soient pas réservées aux seuls musées, c’est très bien, et pour cela André Desvallées a proposé le terme de expographe plutôt que de muséographe, mais c’est encore mieux quand le professionnel en question est mobilisé. Pour cette raison, nous ne distinguons plus dans la formation dijonnaise l’option patrimoine et l'option musée, considérant qu’il est important que les futurs professionnels soient tous formés peu ou proue au métier de l’exposition. Mais il faudrait plus largement que les lieux aient recours à ces professionnels. Juste un exemple, la Maison folie de Mons propose une exposition fort intéressante sur l’après-pétrole, avec une rencontre entre des scientifiques de l’université et les utopies urbaines de Schiten. L’initiative est bonne, et il y a beaucoup de choses passionnantes dans cette exposition, mais c’est dommage qu’un travail muséographique n’ait pas accompagné le tout pour lier ensemble les parties et pour parvenir à une communication optimale pour le public.

samedi 17 avril 2010

L’identité, c’est embarrassant

On le sait la France a eu l’ingénieuse idée par son président d’inviter à un ministère de l’identité nationale, ce dernier ne s’est pas arrêté à ce douteux commandement, puisqu’il a promis également un musée de l’histoire de France. Le rapprochement des deux initiatives fait frémir quand on sait combien l’histoire a souvent été mise au service des idéologies nationalistes. Que peut-il sortir d’un musée de l’histoire de France dans un tel contexte ? C’est ce qui pose problème, au delà de la question du pourtour de la chose, des collections mobilisées et des scientifiques qui peuvent s’investir dans un tel projet. La Roumanie peut à cet égard nous faire réfléchir, Bucarest dispose non seulement d’un musée du paysan roumain, qui a servit à défendre les conceptions nationalistes des tenants successifs au pouvoir, mais aussi d’un musée d’histoire roumaine qui présente des données archéologiques en toute évidence, sans mentionner que la nation roumaine et plus encore l’Etat sont des créations récentes. Comment présenter des vestiges gréco-romain dans un tel lieu ? Plus encore le musée national d’art, n’est pas seulement national, il est déclaré Musée national d’art de Roumanie, ce qui est largement faux car il détient aussi des collections fort heureusement non roumaines. Mais cette obsession à bâtir le national va se loger dans toutes les occasions. On reconnaît une puissance à son détachement à l’affirmer.