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La Formation en muséologie :

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Master MEM

jeudi 29 septembre 2011

Musée Ethique ?

Un ami me fait remarquer ce jour un article paru dans Le Devoir, journal d'information du Québec, constatant la réalisation d'une exposition financée par quelques entreprises sponsors, développant un argumentaire en faveur de l'exploitation des sables de schistes bitumineux. Cette activité est florissante, et très polluante au Canada. C'est en toute "objectivité" par conséquent que le musée des sciences et de la technologie d'Ottawa déploie une telle exposition grâce aux fonds des lobbies du secteur. Il faudrait quand même un jour s'interroger sur les financements dans les musées de science, dont l'impact n'est guère comparable avec ceux des musées d'art. Les effets induits sur les discours y sont plus directs et plus problématiques. Quand Total finance la restauration de la galerie Apollon au Louvre et quand l'entreprise finance l'exposition Pétrole à la Cité des Sciences, ce n'est pas pareil. Si toutes les expositions ne pêchent pas par des discours aussi tendancieux que semble le faire celle d'Ottawa (que nous n'avons pas vu), il faut malgré tout s'interroger sur le phénomène. Nous avions cru mourir de rire, il y a quelque temps, quand le concepteur d'une exposition sur le nucléaire, à l'Académie François Bourdon, nous expliquait sérieusement qu'obtenir des financements d'Areva, de Framatome et d'EDF n'était pas un problème et que cela n'avait aucune incidence sur les contenus. Ne serait-il pas temps de parler d'éthique ?

samedi 24 septembre 2011

Zollverein

A proximité du Folkwang Muséum dans la Ruhr se trouve une des plus belles réalisations que nous ayons eu l'occasion de visiter ces dernières années : le musée de Zollverein. Installé dans l'ancien lavoir à charbon, le musée s'intègre parfaitement dans le bâtiment, la scénographie jouant des formes ingénieusement pour présenter, non l'histoire de la mine comme on pourrait s'y attendre, mais plus largement une épopée de l'histoire de l'Allemagne, depuis l'antiquité à nos jours et de ses relations aux autres. En trois parties équilibrées, le visiteur est invité à la réflexion sur le territoire, sur le monde, sur l'Allemagne... Impressionnante réalisation, qui marie intelligence des contenus et perfection de la réalisation. La scénographie est ingénieuse, d'une rare beauté, originale tout en demeurant classique et soignée. Un lieu rare qui vient trouver sa place dans un site époustouflant, voisinant les réhabilitations de bâtiments à destination de nouvelles start'up, d'un musée du design, ou encore d'un bâtiment des arts pour l'université à l'architecture marquante, signée Sanaa, du plus bel effet. Il faut prévoir plusieurs jours de présence si l'on veut profiter pleinement de toutes les propositions, y compris du bar piscine installé dans les anciens hauts fourneaux ! Cette région encore industrielle sait marier les époques, et intégrer le patrimoine à l'intérieur d'une région certes en reconversion, mais encore en plein développement d'activités.

dimanche 11 septembre 2011

Nouveau visage pour le Folkwang museum

Le Folwang Museum de Essen dans la Ruhr est une institution dont la naissance est importante dans l'histoire de la muséologie (implantée dans un premier temps dans la ville voisine de Hagen avant la fusion des collections de deux fondateurs, Osthaus et Gosebruch). La mise en exposition choisie à l'origine de l'établissement est à ce point novateur que le premier directeur du Museum of Modern Art de New-York, Alfred H. Barr Jr. fait alors le déplacement et déclare en 1934 que c'est un haut lieu de la muséologie européenne. En effet, le choix de faire se côtoyer les collections d'art moderne et les collections extra-occidentales est des plus novateurs.

Il est peut-être dommage que le nouveau musée, qui vient tout juste d'être inauguré l'an passé, ne fasse pas un clin d'oeil à cette histoire en la rappelant dans l'accrochage. Toutefois, le lieu est agréable et l'on peut y admirer une collection admirable, notamment des oeuvres de Kirchner. Un système de patio permet de donner une clarté et de jouer des effets de lumière des plus plaisants.
A signaler, lors de notre passage, une exposition de photographies de Joel Sternfeld des plus saisissantes pour découvrir un des multiples visages des Etats-Unis.
Un mot pour nos amis photographes, vous ne pourrez vous contenter qu'avec l'exposition temporaire, qu'il est seul permis de photographier ! Comprenne qui pourra... Si la plupart des sites en Allemagne autorisent la photographie, quelques lieux appliquent comme en France une politique des plus surréalistes...

jeudi 8 septembre 2011

L'Art de la lumière

Si vous voulez plus de lumière, c'est à Unna qu'il faut aller ! Dans ce lieu d'exposition atypique, vous pourrez découvrir des artistes qui exposent leur travail avec ce qui fut longtemps considéré comme la parole divine. Thématique originale évidemment, traitée de manière singulière, dans cette ancienne brasserie que l'on visite avec un guide qui commente les oeuvres une à une. Ce point n'est pas des plus agréables du reste, puisque si beaucoup de lieux contemporains négligent la mission didactique, c'est l'inverse ici : impossible de prendre le temps de s'imprégner des créations lentement avant de chercher à comprendre. Le discours, fut-il intéressant, vous est asséné comme à l'ensemble du groupe avec lequel vous êtes obligés de vous déplacer. Bon, hormis cette médiation forcée contestable, il est possible de voir entre autre, avec une pièce pour chaque oeuvre, les démarches de Christian Boltanski, Olafur Eliasson, Rebecca Horn, Joseph Kosuth, Christina Kubisch... Enfin le bâtiment appareil photo de James Thurrell qui permet d'admirer les nuages au sol est d'une extraordinaire ingéniosité et beauté.

dimanche 4 septembre 2011

Les Nomimés au LAM

Exposition intéressante présentant quatre jeunes artistes, Damien Cabanes, Mircea Cantor, Guillaume Leblon et Samuel Rousseau, nominés 2011 du Prix Marcel Duchamp. Ce prix créé en 2000 par l'ADIAF (Association pour la Diffusion internationale de l'Art Français) vise à soutenir le rayonnement international de la scène française. C'est sans hésitation le travail de Samuel Rousseau qui nous a le plus intéressé, ces petites installations sont d'une belle intelligence pour évoquer la ville et ses problématiques.

Pour ceux qui n'ont pas encore vu le LAM, de Villeneuve d'Ascq, ce sera l'occasion de découvrir ce superbe musée inauguré récemment. Un musée où l'on se sent bien, pas seulement du fait de son parc de sculptures, mais aussi par ses espaces aérés. L'articulation du propos entre les espaces, et plus particulièrement entre les trois collections constitutives est d'une grande efficacité, à la fois simple et heuristique sur le plan scientifique. Une manière de reconstruire l'histoire de l'art en intégrant les influences de l'art brut, sans tout confondre et en donnant à comprendre. Les espaces sont à la fois séparés et complètement imbriqués.
La rénovation architecturale de Manuelle Gautrand est des plus fines pour s'inscrire dans le propos tenu par Roland Simounet. A la fois présente et modeste, respectant le bâtiment d'origine tout en lui donnant un prolongement, renouvelant les espaces dans un même esprit mais affirmant son identité propre, c'est un exemple de rénovation semble -t-il.
Un musée exemplaire qui est servit par un programme scientifique et culturel d'une rare intelligence.
(à visiter aussi non seulement le site internet du LAM, mais aussi celui de Manuelle Gautrand ! de belles propositions également !)

vendredi 2 septembre 2011

Felix Nussbaum Hauss

Nous avions vu l'exposition sur Felix Nussbaum Haus au MAHJ, Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme l'hiver dernier, et nous avions entendu parler de ce nouveau musée en construction dévolu à ces oeuvres. Inauguré ce printemps dans la charmante petite ville de Osnabrück dans le nord de l'Allemagne, la réalisation de Daniel Libeskind fait évidemment un peu trop penser au musée juif de Berlin, mais le geste est malgré tout tellement fort que l'on ne peut qu'être impressionné. Geste trop présent diront les critiques, au point que l'architecte cède aux tendances si courantes de s'exposer lui-même avant que de servir les oeuvres. Malgré tout, c'est d'une belle audace et l'articulation à l'ancien bâtiment parfaitement réussie. Car les oeuvres sont fortes et prenantes, et prennent la parole face à l'architecture à laquelle elles répondent intelligemment. Nous les avions vu dans de mauvaises conditions, lors d'un jour d'une trop forte affluence. Au point que, pour dire vraie, nous avions oublié cette exposition (d'autant qu'il était interdit de faire des photographies pour en conserver la mémoire...). En les revoyant dans ce bel écrin, nous avons pu les apprécier de manière incomparable, comme quoi le cadre est déterminant. Un musée à ne pas louper lorsque vous passerez vos vacances en Allemagne, ce que l'on vous recommande : il y a tant de musées à voir !

samedi 27 août 2011

Le M Muséum de Louvain

Nous n'avons pas eu l'occasion d'insister sur la grande qualité architecturale de la rénovation du nouveau musée de Louvain, le M van Muséum, inauguré depuis quelque temps déjà (en septembre 2009). La ville s'attache ainsi un bel établissement, clair et spacieux qui met admirablement bien en valeur ses collections originales. Conçu par l'architecte belge Stephane Beel, le lieu réuni deux bâtiments existants par une nouvelle relation très bien intégrée au site. Plus de 6000 m2 d'exposition en son sein surprend le primovisiteur par la densité et la diversité des propositions. Mêlant des intérêts pour l'art ancien comme pour l'art contemporain, il permet une mise en dialogue et un renouvellement des regards dans une ambiance très sereine. Il doit être bien agréable de travailler au sein de ces espaces. Un lieu qui mérite le détour lors d'un prochain séjour dans la capitale belge, Leuven étant à deux pas.

samedi 20 août 2011

Art plastique et danse

Parfait exemple de l'art relationnel, intitulée Move, Art and Dance Since the 60s, l'exposition temporaire en cours au K20, centre d'art contemporain de Düsseldorf est impressionnante d'inventivité. Les oeuvres sont à expérimenter, avec des visiteurs sollicités par des danseuses, des animateurs, et amenés à vivre les oeuvres en les habitant. Moitié art du cirque, plateau de danse ou art plastique, le corps est pris à parti et personne ne reste indifférent, donnant lieu à nombre d'interactions entre visiteurs. Ajoutons que les archives présentées sur des postes multimédias à la très belle interface proposent une banque de données sur la danse assez captivante. Des oeuvres de plasticiens sont présentées sur un plateau, tels Robert Morris, Dan Graham, Lygia Clark ou de chorégraphes sur une autre partie du bâtiment. Ainsi l'installation de Mike Kelley est-elle particulièrement appréciée et colonisée par les enfants. La traversée proposée par William Forsythe trouve également bien des adeptes dont peu réussissent intégralement le parcours ! Dommage que cette exposition présentée jusqu'au 25 septembre prochain, après l'avoir été à Munich et Londres en début d'année, ne vienne pas en France.

jeudi 11 août 2011

Paysages au PASS

Nouvelle exposition au PASS à Mons sur le paysage du bassin minier. Le paysage dans tous ses états, que l'on peut anticiper dans ses évolutions, au travers des visions d'artistes, d'urbanistes, de géographes, de plasticiens ou d'habitants... Paysages à écouter, paysages futuristes... Il ne s'agit pas de s'attarder de façon nostalgique sur un paysage passé, mais de comprendre comment les mutations vont venir modeler et transformer le paysage de demain. Ce n'est pas si fréquent qu'une exposition ose faire dans la prospective et parler du contemporain. Les étudiants de Valenciennes ont travaillé sous l'égide de Pascal Payeur pour proposer une scénographie originale, qui illustre comment le paysage est fabriqué, construit, mais aussi lu et approprié par les hommes qui y vivent. Un discours tonique au travers de textes et de vidéos bien calibrées.

dimanche 7 août 2011

Terra-Botanica : l'expérience du ludique végétal

Comment mieux illustrer l'ouvrage Expoland, nouvelle publication que nous présentions récemment, que de visiter le tout nouveau parc du végétal aux portes d'Angers, Terra Botanica ? Le visiteur peut faire la découverte de plantes et d'une approche de la botanique fort intéressante, mais dans une ambiance de parcs d'attractions assez étrange. On y découvre des portraits de grands botanistes peu connus, des plantes insoupçonnées et quelques restitutions de climats. Les éléments scénographiques pour mettre en scène les contenus muséographiques ne sont pas à la pointe, et paraissent même parfois un brin miteux, en revanche le traitement paysager est impressionnant. L'énergie mobilisée pour aménager un tel site est assez époustouflante. Des contenus sont convoqués, mais sans que l'on sache toujours vraiment s'ils ne sont pas des alibis. Les jeux ne sont pourtant pas omniprésents, c'est surtout la ballade dans un cadre d'exception qui importe. Certes, sous prétexte d'aborder la canopée, vous pourrez faire un petit tour de manège en coquille de noix volante. Les spectacles demeurent assez modestes et ne rivalisent pas avec les propositions des grands parcs, mais le tout est plutôt bien fait pour occuper agréablement les enfants. De là à aménager de tels lieux avec des fonds publics, est-ce bien défendable ? ...

vendredi 5 août 2011

Remixer le musée

Le musée de demain sera de plus en plus participatif, il invitera le visiteur à s'impliquer et à co-construire non seulement l'expérience de visite, mais l'exposition elle-même. Des lieux d'exposition innovent actuellement et découvrent ce qui sera sans doute assez commun dans quelques années. Il est fascinant et stimulant de vivre en direct ces nouvelles tendances et d'avoir pleinement conscience de vivre une mutation en cours. Métamorphose du visiteur en constructeur ? Pour participer et inviter à s'engager dans cette direction les animateurs du site Muséomix initient trois jours d'expérimentation du 11 au 13 novembre prochain et invitent les musées à jouer le jeu. Pour tout savoir voir le site : http://www.museomix.com/


mardi 26 juillet 2011

Soyez les bienvenus ?

Exposition d'Art Point M, compagnie d'arts de rue lors du Festival Chalon dans la rue 2011. Exposition généreuse sur les migrants et les demandeurs d'asile, exposition pleine de bonnes intentions, un peu trop, et qui évite ainsi de poser les questions qui fâchent. Exposition qui en se dénommant "Soyez les bienvenus" se trouve être en complète contradiction avec le propos même de certains protagonistes interviewés dans les vidéos qui, eux, dénoncent le mythe que représente la venue en Europe. Ainsi avec raison, une personne réclame d'ailleurs que l'on aille en Afrique pour dissuader ceux qui rêvent d'une Europe accueillante où le travail est facile. L'exposition malgré les critiques de bonne conscience que l'on peut lui adresser est utile, mais à quoi cela rime t-il de mettre un droit d'entrée dans un festival où la gratuité est de mise ? Si la scénographie est très belle, très originale, le reste est assez inconséquent. Les entretiens sont assez pauvres et les informations quelque peu lacunaires. Est-ce légitime de ne pas laisser le public s'exprimer et de lui imposer pour seul commentaire possible un tampon reproduisant le titre de l'expo, sorte d'unique parole autorisée ? Tout cela est bien regrettable, alors qu'il est si rare de voir une exposition s'attacher à un sujet aussi important et difficile.

mercredi 20 juillet 2011

Béthune 2011

Capitale régionale, Béthune 2011 présente plusieurs expositions remarquables qui méritent attention. Le musée d'ethnographie à la Chapelle St Pry avec 200 objets revisités, et surtout des expositions d'art contemporain notamment dans l'ancienne banque de France Lab-Labanque, dont la salle des coffres accueille des vidéos et des performances selon L'Esprit du lieu. Les étudiants de Valenciennes en design investissent l'ancien appartement du directeur en colocation virtuelle pour pousser la réflexion sur les formes utopiques de l'habiter. Le Garage présente des expositions photographiques du centre régional de la photographie Nord Pas de Calais, et le 360 de curieuses installations de Richard Castelli qui met en scène trois artistes dans Transformer, avec des oeuvres interactives. Des propositions qui donnent à la ville un air très branché. Les environs invitent à la balade avec des propositions de huit artistes A ciel ouvert dans les anciens sites miniers. Belle programmation pour impulser de nouvelles dynamiques sur le territoire. A déguster jusqu'à fin août pour la saison 2, en attendant la saison 3.

dimanche 10 juillet 2011

Dogon au MQB

Après avoir interdit très bêtement, comme certains de ses confrères et voisins, la photographie à l'intérieur de ses espaces, voici que le musée du quai Branly l'autorise jusque dans les expositions temporaires ! Dans l'exposition Dogon, une affichette très intelligente, bien que très peu visible, invite les visiteurs à ne pas photographier certains objets présentés. En revanche, le reste est autorisé à la prise de vue. Ainsi certaines pièces de collections privées dont les propriétaires entendent conserver jalousement l'image sont préservées. Cet appel à un visiteur responsable fait plaisir et honore le lieu. Espérons que le principe fasse des émules... L'exposition développe également une signalétique au sol agréable et originale. La scénographie de l'Agence Projectiles est assez plaisante. Sans cela, l'exposition qui présente de très belles oeuvres est d'un classicisme assez attendu : inutile de vous y rendre pour apprendre quelque-chose sur le pays aujourd'hui, en revanche la dimension historique est bien amenée. Le visiteur pourra mieux comprendre les échanges et la diversité des sociétés présentes sur le territoire producteur de ces objets, objectif suivi par la commissaire de l'exposition Hélène Leloup, spécialiste de l'art Dogon.

vendredi 8 juillet 2011

Expoland, Du musée au parc d'attractions...

Sous le titre, Expoland, Ce que le parc fait au musée, Ambivalence des formes de l'exposition, l'ouvrage, qui vient de paraitre aux éditions Complicités, regroupe les contributions de François Mairesse, Claire Casedas, André Gob, Noëmie Drouguet, Michèle Antoine, Jean-Michel Tobelem, Paul Werner, et un hommage de Joëlle le Marec à Jean-Paul Natali. Ce recueil issu d'une journée de séminaire de recherche tenue à la Cité des Sciences cherche à analyser les rapports que les musées entretiennent avec les parcs d'attraction. Nous avions déjà proposé une première exploration sur ce sujet en 2005 dans la revue Culture et Musées (n°5), nous poursuivons collectivement la réflexion avec ce nouveau livre.

dimanche 3 juillet 2011

Immersion au coeur de Montréal

Présentation multimédia de troisième génération, le nouveau spectacle d'ouverture du musée de Pointe-à-Callières se découvre en introduction de la visite du célèbre musée montréalais, institution archéologique du vieux port. Evidemment, le spectacle est là, avec de beaux effets visuels et des reconstitutions pour susciter chez le visiteur l'attachement envers une ville fière d'elle-même. Cependant, trop d'émotions tue parfois l'émotion, car plus encore que dans les deux spectacles précédents, la mièvrerie d'une vision trop positive et un peu kitsch parvient à énerver un peu. Le ton toujours enjoué et enthousiaste que l'on se plait à mettre dans tous les audiovisuels dès qu'il s'agit de s'adresser aux touristes est curieux. Pourquoi toujours parler aux visiteurs comme à des enfants de 8 ans ? Est-ce la recette marketing du cinéma hollywoodien qui sévit jusque dans les musées ? Hormis cette réserve, on apprécie évidemment tellement le lieu et la découverte de l'histoire de la ville que cela a peu d'importance. Attendons avec impatience l'extension du musée qui devrait largement amplifier ses surfaces actuelles.

vendredi 24 juin 2011

La ville fertile

Très belle exposition sur la ville durable à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, l'exposition La Ville fertile présente des projets réalisés ou en cours dans les différentes citées du monde. La place de la nature dans la ville y est abordée de manière concrète et captivante.

Le couloir d'accès est un brin austère avec ses grands placards de textes un peu rébarbatif, rappelant les avancées historiques et les utopies. Cette partie pourrait utilement être mise en ligne pour éviter une lecture rendue peu confortable. En revanche, la première partie de l'exposition, intitulée L'Objet du désir, accueille les visiteurs dans une mise en ambiance agréable et relaxante. Seize projets, réparties en quatre thème, sont passés au crible, de Paris à Beyrouth, de New-York à Saint Nazaire, de Munich à Détroit... Ces nouvelles urbanités mêlent créativité, innovation technologique, revalorisation des territoires... On peut découvrir de très belles démarches mêlant biodiversité, recherche d'architecture durable, recomposition sociale et revitalisation économique. Avec une très belle scénographie signée Nicolas Gilsoul, également commissaire de cette première partie de l'exposition.
La deuxième partie, La fabrique de la ville fertile, présente des promenades thématiques ponctuées par les quatre éléments de la nature. Des interviews de paysagistes, mais aussi d'urbanistes, de philosophes, de sociologues, d'historiens, d'économistes, d'artistes... permettent d'offrir une approche transdisciplinaire. La seconde partie de l'exposition est organisée et mis en scène par Michel Péna. Etrange idée que de faire deux expositions en une en quelque-sorte, mais l'ensemble fonctionne parfaitement. Un bel exemple d'exposition d'idées où la muséographie et la scénographie sont en harmonie.
A voir jusqu'au 24-7-2011.

mardi 21 juin 2011

De culture scientifique

Au Vaisseau à Strasbourg les enfants peuvent s'initier aux sciences et aux techniques en s'amusant. Comme à la Cité des enfants, prototype qui a servi de modèle pour le lieu, les enfants accompagnés d'un adulte peuvent découvrir et s'enchanter. Ici le temps n'est pas compté et les enfants pourront demeurer le temps qu'ils désirent. Des animations sont proposées, des ateliers et des expositions temporaires complètent l'endroit où l'on peut aussi pique-niquer en été et profiter des espaces extérieurs.


A propos de culture scientifique, à lire dans le dernier numéro de la Lettre de l'OCIM un article de Pauline Burnel intitulé Impliquer un Conseil scientifique dans les décisions de demain, et qui porte justement sur le cas du Vaisseau de Strasbourg.

Profitons pour signaler dans ce même numéro 113, un intéressant article signé Olivier Richard et Sarah Barrett sur Les médiateurs scientifiques en Europe : une diversité de pratiques, une communauté de besoins. Il s'agit de rendre compte d'une étude conduite à l'échelle européenne sur les métiers et les outils de la médiation.

Egalement dans ce même numéro, un article sur l'évaluation des dispositifs ludiques destinés aux visites familiales, par Claire Barbieux, Évaluer les effets des dispositifs ludiques destinés aux enfants en visite familiale,
Et enfin La conservation-restauration du patrimoine technique et industriel dans le cadre de la loi sur les musées de France, une mission impossible ? par Agnès Mirambet-Paris et Francois Mirambet.

dimanche 12 juin 2011

L'Hiver de la culture

Etonnant Jean Clair qui ne peut se départir d'une nostalgie bien compréhensible envers les formes passées de la culture, qui la sacralise tout en critiquant Malraux, et s'interroge une nouvelle fois sur le rapport aux images, et plus globalement aux oeuvres et aux musées dans notre société. Lire Jean Clair, c'est un peu comme quand nous lisions le dernier livre de Jean Baudrillard, c'est toujours délicieux, profondément énervant, par les raccourcis un peu stéréotypés, et en même temps dense de trouvailles et de saisissantes intelligences. On aurait tord de se débarrasser un peu vite de Jean Clair en le rangeant du côté de ces penseurs réactionnaires qui méprisent le peuple des visiteurs à l'égal des combines de l'art contemporain. S'il y a de cela, il y a bien autre chose, et notamment des intuitions géniales sur les transformations en cours auxquels l'auteur refuse de se résigner. Et puis ce serait oublier que Jean Clair est l'auteur d'expositions qui sont à nos yeux les plus progressistes en muséologie. Des expositions qui ne se contentent pas d'exposer de belles oeuvres, mais qui tiennent un discours et une thèse et qui invitent le visiteur à réfléchir.

Jean Clair est donc plein de paradoxes. Nous ne le suivons pas dans sa tendance à verser dans le religieux. Ce qui caractérise l'objet de musée est heureusement de s'affranchir de ses fonctions premières, et loin de le regretter, c'est à nos yeux ce qui fait sa richesse. Aussi sommes-nous en désaccord avec l'auteur quand il plaide pour les restitutions. Mais le livre a le mérite d'inviter à débattre.

samedi 11 juin 2011

Focale sur Anish Kapoor

Installation époustouflante Leviathan d’Anish Kapoor présentée au Grand Palais à Paris en mai juin 2011 dans le cadre de Monumenta figure ce monstre marin biblique qui avalait les âmes et qui ici avale et recrache le public dans ses entrailles, énorme baleine de Jonas gonflée jusqu’à la nef du Palais. Mais le public est libre aussi de s’inventer mille et une autres histoires, de passer de l’intérieur à l’extérieur, du sacré au profane, du ventre de la bête à la matrice, de la déshumanisation mondialisée aux images de science-fiction... Comme dans toute oeuvre forte, l’interprétation se démultiplie, et se conjugue ici à l’expérience faite par le visiteur du souffle et la pulsation, de l’étrangeté de la lumière, de la rougeur et de la noirceur. Les sens sont en éveil et invite le cerveau aux stimulations neuronales pour se forger des clés de lecture. Ainsi réflexion, sensation, et émotion se rejoignent dans une interprétation personnalisée et démultipliée.


Signalons la rencontre autour de la photographie au musée, que le Grand Palais encourage, tandis que d'autres institutions se campent sur leurs interdits dans une attitude souvent incompréhensible. Le Groupe OrsayCommons propose de débattre, samedi 11 juin à 14h30, après avoir pris la bête sous tous les angles !


http://www.facebook.com/event.php?eid=114421408646123

ORSAYCOMMONS MONUMENTA
Voir Regarder Photographier

Venez le samedi 11 juin, 14h15, pour un OrsayCommons exceptionnel à Monumenta, au Grand Palais.

vendredi 3 juin 2011

Louvre-Lens : ça avance !

En préparation de la mise en place de la formation MME sur la conception des expositions à l'université d'Artois, les contacts se multiplient. Nous avons eu le plaisir d'accueillir il y a peu Philippe Dubé, responsable de la formation de muséologie de l'université Laval à Québec, et André Gob et Noëmie Drouguet, tous deux responsables de la formation de muséologie à l'université de Liège. Nous avons pu ensemble aller à la Maison du Projet Louvre Lens et visiter le site en présence d'Arnaud Debève qui nous a expliqué l'état d'avancement du chantier.

En attendant le 4 décembre 2012, date d'ouverture prévue, nous pourrons régulièrement faire le point, et constater comment l'accompagnement de cet énorme projet se met en place progressivement sur le territoire. De nombreux travaux possibles en tous les cas pour les futurs étudiants qui vont disposer ainsi d'une situation d'étude en muséologie incomparable.

lundi 30 mai 2011

Un musée de l'économie

Le Monde donne brièvement, dans son édition du 27 mai, des nouvelles de la Cité de l'économie prévue par la Banque de France dans un hôtel particulier du 17ème arrondissement. Ce projet n'est pas sans intérêt puisqu'il s'agit de mieux faire comprendre aux citoyens les règles de l'économie. Espérons que ce n'est pas pour former les futurs traders des beaux quartiers, mais pour apprendre aux enfants des cités à déjouer les pièges du capitalisme... Si nous savons peu de choses du projet, l'article du Monde laisse cependant assez dubitatif. L'architecte Yves Lion à qui est confié le projet est entouré de François Confino, auquel la journaliste attribue la muséographie. Le problème est sans doute là, car si François Confino est sans conteste scénographe, la question de la définition des contenus demeure assez floue. L'important est "d'éviter le musée poussiéreux" (!!) et pour cela de permettre au public de jouer avec des zapettes... Espérons que le ludique ne l'emporte pas sur un véritable propos tant il y a à dire sur un pareil sujet, éminemment sensible.

Le site Web dédié au projet n'est guère plus explicite, confondant également les rôles (on peut citer : "L’inscription de la muséographie s’effectue selon une certaine neutralité en totale prise d’appui sur la morphologie du bâtiment. Une syntaxe de mobilier très sobre est au service d’une ergonomie d’usage. Vitrines, mobiliers accueillant les médias, totems graphiques, réalisation de cimaises en miroir sans tain, ou verre sablé, agissent à la manière de masques translucides lorsqu’un effa­cement momentané du décor est nécessaire. Pas de concurrence inutile, mais l’entretien permanent d’une subtile collaboration de dif­férents vocabulaires, pour élaborer une scénographie contemporaine, innovante et ludique" : De quoi parle t-on ?, de muséographie en début de phrase ou de scéno à la fin ? Nouvel exemple de cette constante confusion). Espérons également que le comité scientifique ne soit pas composé que d'économistes... 100 000 personnes sont espérées dont 50% de scolaires. Ouverture prévue en 2014.

dimanche 29 mai 2011

2011, l'Odyssée Kubrick

L'exposition Kubrick à la Cinémathèque de Paris est symptomatique d'une manière de penser et de faire des expositions. Très loin de la très belle exposition Jacques Tati ou même de celle concernant Almodovar, ou encore de l'exposition Renoir, certes moins originale au niveau de la scénographie que les deux premières, mais très audacieuse sur le propos et l'expérience comparative. Pour Kubrick, la scénographie est des plus terne, sans aucune surprise, et la muséographie est scolaire et dépourvue de toute imagination. C'est fâcheux pour présenter un tel cinéaste, à moins que ce soit une façon de se faire modeste et invisible ? En tous les cas, c'est assez ennuyeux, et seul l'intérêt pour Kubrick conduit à s'intéresser au propos.

Certes les lieux de la Cinémathèque ne sont pas, on le sait, adaptés et prévus pour réaliser des expositions, et à chaque fois les contraintes sont grandes. Toutefois, comment expliquer que des concepteurs puissent jusqu'à oublier toute introduction à l'exposition ? Car ce n'est pas le texte placé en sorti d'ascenseur qui pallie le manque d'introduction - et de conclusion - de l'exposition. Si vous ne connaissez pas Kubrick avant de rentrer dans l'exposition, tant pis pour vous, vous êtes censés connaitre ! Les textes pour chaque film et donc pour chaque séquence de l'exposition sont placés là où il y a de la place. Textes souvent rédigés sans prendre en compte les logiques de lecture par un visiteur. Bref, à défaut de tenir un propos d'ensemble, l'exposition accumule surtout les reliques, comme des fétiches sur chaque film. C'est sans grand intérêt intellectuel, mais cela plait aux adorateurs. Il est vrai qu'il y a un travail de recherche considérable pour collecter les objets et documents, mais cela suffit-il réellement pour faire exposition ? C'est là une façon classique d'envisager l'exposition, mais cela n'excuse pas les erreurs sur le plan muséographique. Cette exposition serait un bon terrain d'exercice critique pour une formation en muséologie... !

samedi 21 mai 2011

Dictionnaire de muséologie


Ca y est ! Il est arrivé ! Le Dictionnaire encyclopédique de muséologie est paru. Attendu depuis vingt-cinq ans au moins au sein de l'ICOM, c'est grâce au travail acharné d'André Desvallées et François Mairesse que l'entreprise a pu être menée à bout. Belle réussite à laquelle nous sommes fiers d'avoir participé, avec Yves Bergeron, Bernard Deloche, Jean Davallon, Noëmie Drouguet, Raymond Montpetit, et Martin Scharer. 21 articles de fond et une partie rubriques de 500 mots définis, le tout forme un ensemble cohérent complété de 3 cahiers iconographiques. L'ouvrage sera très certainement indispensable aux étudiants de la discipline et nous l'espérons utile aux professionnels et chercheurs.

Bon de commande en pdf ici

vendredi 20 mai 2011

Dieu(x) Mode d'emploi

Heureusement, il y a le texte de Gilles Courtemanche qui apporte un peu d'esprit critique à une exposition qui serait sans cela très belle et apaisante, mais d'une platitude déconcertante. Le Musée de la civilisation de Québec accueille cette exposition de Tempora présentée d'abord à Bruxelles. Si le propos de Courtemanche a semble-t-il fait débat au Québec, c'est celui d'Elie Barnavi qui nous parait pour notre part sujet à discussion, puisqu'il affirme tout de go que l'on a davantage tué au nom de la Nation, de la classe ou de la race que durant toute l'histoire l'ensemble des religions... Ce n'est pas un concours, mais on peut quand même être dubitatif. Cette séquence Conflits et coexistence a le mérite avec ces deux textes de faire débat. Rituel, passage, lieux, cultes, au-delà, divinités, corps sont les autres séquences qui ponctuent l'exposition, rien de bien révolutionnaire. Le discours est consensuel et ne questionne guère l'obscurantisme des traditions religieuses. Comme dans un monde enchanté, les religions seraient de simples croyances ne perturbant pas la société contemporaine. Si l'intention de faire connaitre la religion de l'autre pour aspirer à plus de tolérance est louable, on pourrait aussi proposer un dépassement de celles-ci pour construire un vivre ensemble qui ne repose pas sur des croyances vieilles de deux mille ans à l'heure où nous avons les moyens de comprendre le monde avec plus de rationalité. Plutôt que de contribuer à légitimer le fait religieux, le musée ne devrait-il pas éveiller les consciences et combattre les sources d'obscurantisme ?

jeudi 19 mai 2011

Connaitre les coulisses du muséum de Nancy

Pour connaitre un brin d'histoire du muséum-aquarium de Nancy, mais pour comprendre aussi ses collections, le travail conduit par les différents professionnels qui y oeuvrent, il faut se reporter au petit ouvrage Autour des collections publié par l'institution. Le grand public peut ainsi découvrir la politique d'acquisition, la gestion des collections et la conservation. Ce sont aussi les services de médiation et le travail avec les publics, la recherche, les relations conduites avec les universitaires, mais également avec les artistes. En quelques pages à chaque fois, les différents domaines sont ainsi expliqués. Richement illustrée, cette publication de qualité est évidemment une très belle introduction au monde muséal.

mercredi 18 mai 2011

Brassens pour tous

Etonnant Brassens qui plaît à toutes les générations et au-delà des clivages habituels, bien qu'il n'ait pas sa langue dans sa poche. L'exposition que lui consacre la Cité de la Musique est convaincante. D'une très belle scénographie, originale, signée Christian Marti, Antoine Fontaine et Gladys Garot et agrémentée des dessins de Joann Sfar, l'exposition conçue par Clémentine Deroudille est très plaisante, même si son propos hagiographique est attendu. Après Gainsbourg, Lennon, Hendrix, c'est le culte des idoles. Bon évidemment la veine est infinie, et la Cité peut prévoir un programme d'expositions de ce type pour les 50 prochaines années ! Mais il faut reconnaitre que c'est très bien fait et que l'on prend beaucoup de plaisirs. Il est vrai que l'on aurait pu s'attendre à un discours plus audacieux et surprenant, en questionnant cet aspect transgénérationnel et populaire de l'artiste, en allant interroger les publics, et le rapport particulier que chacun entretient avec le chanteur. Qui n'a jamais chanté du Brassens ? Qui ne se surprend pas un peu malgré soi à l'entonner ? Il est sympathique de constater combien les visiteurs ont du mal à se contrôler dans l'exposition et à ne pas se mettre à chanter tous en coeur ! Cette dimension sociologique de l'appropriation et de la réception aurait pu être développé. Le petit dispositif qui propose de participer au Championnat du monde des Brassens en se transformant à l'aide d'une moustache et en enregistrant sa version d'une chanson, puis de déposer sa vidéo sur internet est des plus drôle.

samedi 7 mai 2011

La Maison de l'Histoire de France

Quel musée d'histoire pour la France ? Voilà la question posée dans ce petit ouvrage critique, publié récemment chez Armand Colin, ouvrage qui invite à la réflexion. Vincent Duclert rappelle la genèse du projet et ses ambivalences si ce n'est ses contradictions et inconséquences. La manière dont le projet est engagé est plus que périlleux, non seulement parce que l'on sait l'usage douteux du terme d'identité fait par le gouvernement et qu'il est donc permis de redouter le pire, mais aussi parce qu'il ne saurait y avoir une seule histoire. C'est une multiplicité d'histoire qu'il faudrait convoquer. Or, la manière dont le débat est posé fait frémir. Imaginer une exposition conçue à partir des collections des neuf musées envisagés est redoutable : le musée de la Préhistoire des Eyzies et le musée des antiquités nationales de Saint Germain en Laye (la France existe depuis tout ce temps ?...!), y ajouter le musée du moyen âge de Cluny et des musées de châteaux (Ecouen, Fontainebleau, La Malmaison, Compiegne...), voilà une vision bien particulière de la France ! On ne peut pas dire que ce soit une conception novatrice ! Isabelle Backouche fait une hypothèse fort crédible : tout cela ressemble à une stratégie de rationalisation des établissements publics qui se verraient ainsi regroupés.
Faut-il d'ailleurs un musée de l'histoire de France, comme le veut le président Sarkozy ? N'y a t-il pas suffisamment de musées alors que les crédits sont à la baisse un peu partout et ne faudrait-il pas mieux permettre à ceux existant de se développer plutôt que de vouloir une Xème nouvelle institution pour marquer le règne du Prince, maladie française bien connue ? N'y avait-il pas mieux à faire ? Ces questions, Jean-Michel Tobelem les pose avec pertinence dans sa contribution. Ariane James-Sarazin rappelle qu'un musée de l'histoire de France existait déjà aux Archives, et rend compte de son projet scientifique et culturel. On comprend que les auteurs soient énervés par tant de gâchis. Encore un projet mal parti. Un de plus.

dimanche 1 mai 2011

oMusée, l'app des expos

Belle petite application pour votre Iphone évidemment, application qui plus est gratuite. oMusée présente l'actualité des expositions (essentiellement parisiennes pour le moment) et des sites français à visiter avec toutes les informations pratiques. Pour le moment un brin limité, il faut espérer que tous les sites y figurent à terme pour qu'elle devienne vraiment pertinente. L'application est bien faite, il est seulement dommage que l'on ne puisse pas interagir pour laisser des commentaires et apporter des témoignages, autrement que via Facebook.

Cette application manquait. Il est du reste étonnant que les éditeurs ne se lancent pas dans les éditions électroniques avec plus d'appétit, alors que s'il y a bien un secteur de l'édition où le livre électronique évolutif et interactif est vraiment appréciable, c'est le domaine des guides de voyage et assimilés.

mardi 26 avril 2011

Sacré sciences !

Le muséum de Neuchâtel propose Sacré Science ! avec pour sous-titre Croire ou savoir, une exposition consacrée par conséquent aux croyances. L'exposition débute par une immersion dans un royaume d'illusions et de formes évanescentes évocatrice de la prise de contact de l'homme avec l'univers. Comment s'y retrouver ? Se donner des motifs d'explication par la croyance avant que de mettre en ordre, de mesurer, de comprendre... Les salles suivantes s'attardent donc au moyen de petites manips sur la compréhension de phénomènes physiques. Un café du commerce avec l'acteur fétiche du muséum, - qui figure désormais dans toutes les
expositions, ce qui enlève tout effet de surprise -, propose de petites fictions pour mettre en question les affirmations qui se veulent scientifiques et qui ne sont souvent que scientistes. Ainsi les OGM, le nucléaire... en prennent pour leur grade, la manière de tourner celui qui conteste en dérision est-il le seul moyen pour le musée de faire entendre une parole critique ? Il est vrai que bien peu de lieux osent encore aller sur le terrain de la mise en cause des affirmations des experts, cependant ramener l'opposition au café du commerce est pour le moins ambivalent. De même que l'on reste sur sa faim dans la dernière salle, qui se contente de mettre en écho les croyances de toutes sortes, en laissant le visiteur se débrouiller avec tout ce fatras, dans lequel se mêle charlatanisme et approches plus crédibles. Une exposition qui donne un certain goût d'inachevé.

mercredi 20 avril 2011

Les dinosaures et les modernes

Les modernes ne sont pas là où on les attend, les dinosaures non plus ! Orsay symbolique de la peinture avant-gardiste (même si le musée a réhabilité depuis avec raison ses pompiers), s'est embourbé dans une posture intenable. A l'heure où l'on traite dans tous les colloques de muséologie du visiteur acteur, du participatif et du collaboratif, on le sait, le musée d'Orsay a décidé d'interdire la photographie dans ses espaces (au moment même où le Quai Branly y renonçait !). Les arguments pour le moins spécieux sont d'ailleurs mobilisés ici où là dans un sens où dans l'autre, les surveillants se trouvant largement instrumentalisés. Les dinosaures ne sont donc pas là où on les attendait, à savoir les muséums ! C'est ce que nous prouve le muséum de La Rochelle, petit bijou de musée, qui lance l'opération : Clichés ? Le Muséum photographié. Un groupe d'étudiants est invité à mettre en scène sa vision du musée ! Mais que l'on ne se méprenne pas en proclamant qu'il s'agit là d'un muséum... il se trouve que le musée des beaux arts de Dijon a eu justement la même idée !!! Décidément, il semble que faire confiance aux visiteurs candides pour donner une vision subjective du lieu est dans le vent. A quand un atelier proposé par le musée d'Orsay ? !!!

vendredi 15 avril 2011

Turak à Lyon

Drôle d'expo au musée Gadagne de Lyon avec les créations de la compagnie de Michel Laubu, la compagnie Turak Théâtre. Nous avions aimé leurs spectacles délirants dans différents festivals de rue, et l'exposition de ces petites créations dans "Appartement témoin" est des plus savoureuses. Parodie d'art brut qui n'est pas sans évoquer bien sûr le travail d'Opus, avec son Conservatoire des curiosités ou le Musée Bombana de Kokologo ou de la compagnie des Vernisseurs avec son Musée de Monsieur P. Bien sur chaque compagnie a son univers propre, très bricolé pour ce qui est de cette installation, et c'est ce qui fait son charme (pour en comprendre l'esprit, il faut absolument visiter les sites internet de ces compagnies qui sont des petits bijoux). Par cette installation, le musée historique de Lyon a le courage de surprendre, cela fait du bien au sein d'un musée qui manque totalement de fantaisie.


lundi 11 avril 2011

Portraits de la pensée

Très beau projet d'exposition au Musée des Beaux Arts de Lille : rendre compte visuellement de la pensée, une gageure ! C'est au travers d'une série de portraits de Velasquez, Ribera et Giordano que l'on prend la mesure de l'intentionnalité du peintre : faire ressentir à son spectateur l'intensité dans lequel est plongé l'homme perdu dans ses pensées. Le philosophe est alors le sujet le plus approprié et la rédécouverte de l'antiquité sert de prétexte. Platon, Héraclite, Démocrite offrent la possibilité de mille variations pour l'imagination du peintre. Mélange de vision de l'histoire plongée dans les codes et les attributs du XVIIème siècle, les allers-retours sont impressionnants, de même que les jeux d'influence entre le siècle d'or espagnol et les peintres d'Italie ou des Pays Bas. L'exposition est simple dans sa présentation, concentrant les regards vers les oeuvres mises en confrontation. Les peintures sont du reste inégales, mais ce qui compte c'est avant tout le sujet pour le propos de l'exposition, c'est ce qui intéresse, plus que la technique. Le choix de mettre très peu de médiation en salle est compensé par un très beau petit livret que le visiteur peut conserver en souvenir, une option au final très pertinente. L'ajout d'une installation contemporaine de Bill Viola au centre de la pièce est sympathique, mais nous avouons que même si nous aimons habituellement cet artiste, nous n'avons pas bien compris son intérêt. Cette exposition est à découvrir jusqu'au 13 juin.

jeudi 7 avril 2011

Tous cannibales !

"Au bout du compte , on nous élève pour nous becter !", dixit Léo Ferré. "Alors bectons !". Tous cannibales donc. Manger l'Autre pour se l'approprier, pour le neutraliser, pour s'investir de sa puissance, les raisons pour lesquelles la société a recours au cannibalisme sont diverses. Le MEN avait exploré cette piste version philo-anthropologique, et c'est en ce moment la Maison Rouge qui aborde la question. Et Dieu sait si depuis Goya l'idée a hanté les imaginaires des artistes. L'exposition présentée à la Fondation Antoine de Galbert fait dialoguer les oeuvres de toutes les époques, et bien évidemment donne la parole aux plus contemporaines. Nous n'avons pas toujours compris tous les rapprochements, mais il y a de belles propositions, de quoi faire frémir ! La commissaire : Jeanette Zwingenberger a fait de belles sélections et le parcours "délicieux" rencontre un beau succès. La revue Art Press publie un numéro spécial pour l'occasion.

mardi 5 avril 2011

Histoire de Strasbourg : partie 1

Nous attendons avec impatience la seconde phase prévue pour 2013 du musée historique de Strasbourg, elle traitera de la période contemporaine, la plus captivante sans doute. Car c'est ce qui sera le plus épineux à traiter. Pour la première partie, le musée se tient à mi-chemin entre Nantes et Lyon en quelque-sorte : c'est plutôt réussi, et même si ce n'est pas aussi enthousiasmant que le Château des ducs de Bretagne, cela n'est pas aussi catastrophique que le musée de Gadagne. Dans la lignée des musées d'histoire, Strasbourg vaut le détour. En effet, il y a un effort ici de mise en discours et de problématisation. Surtout, la prise en compte du visiteur avec des tentatives d'interactivité et de jeux éducatifs sont plutôt convaincants. En revanche, on ne sait pas comment il est encore possible de faire le choix des audioguides à infra-rouge, c'est une aberration muséographique ! Il ne faut vraiment pas s'intéresser aux comportements des visiteurs pour choisir une technique aussi stupide ! La scénographie québecoise est certes un peu attendue et pas toujours très belle - ce n'est du reste pas sans rappeler l'Historial de Vendée par certain côté -, mais elle fonctionne plutôt bien. Le multimédia sur le plan relief fait son effet, même si cela ne mange pas de pain en terme de contenu. Bref, on attend la seconde partie, car pour l'heure la fin est un peu abrupte !

samedi 2 avril 2011

Des déchets au musée

Waste Land : avec pour sous-titre De la poubelle au musée, voilà un film bien singulier réalisé par Lucy Walker. On découvre au Brésil la plus grande décharge du monde et les milliers de travailleurs qui viennent improviser un recyclage que la société n'a pas su organiser. Cette banlieue de Rio de Janeiro est terrible, et c'est avec un grand courage que Vik Muniz, artiste de son état, dont la spécialité est de recycler les déchets en oeuvre d'art va s'immerger dans cet environnement durant trois ans. Il y découvre et il y fait se révéler des personnages attachant. Il construit avec eux une oeuvre participative des plus pertinentes. Les catadores réinventent leur vie par leur implication et par les effets de cette action artistique, qui porte en elle-même son action culturelle. C'est un très bel exemple de ce que l'action artistique et culturelle peut porter d'espoir et d'humanisme. Les oeuvres étonnantes (on peut voir une oeuvre de Vik Muniz en ce moment à la Maison rouge à Paris) sont vendues en galerie et se retrouvent dans les grandes collections.

A voir au cinéma et avant la présentation sur : http://www.wastelandmovie.com/

jeudi 31 mars 2011

Inquiétudes muséales

C'est un avenir sombre pour les musées que prédit le journal Le Monde. Après Le Livre blanc de l'association des conservateurs qui n'était pas d'un optimisme débordant, voici que deux articles sont publiés qui ne décrivent pas un avenir réjouissant.

Dans un article daté du vendredi 25 mars, Marie-Aude Roux rapporte une enquête CSA commanditée par l'ADMICAL qui montre que le mécénat dans le secteur culturel est au plus mal. Moins 63% entre 2008 et 2010, voilà qui a de quoi inquiéter à l'heure où les budgets publiques sont comprimés, voire coupés. Ce sont évidemment les petites structures qui en feront le plus les frais.
Les petites structures sont également présentes en creux dans le rapport établi par la Cour des comptes dont rend compte l'article du jeudi 31 mars, signé par Michel Guerrin. En effet, ce sont les grandes institutions muséales qui sont visées, pour une gestion peu performante, mais au final ce sont les petites structures qui risquent d'en endosser également les contrecoups. Car si les établissements importants ont augmenté leurs recettes et leurs publics, leurs charges a cru plus rapidement provoquant une réduction de l'autofinancement. L'Etat doit donc compenser. Avec les projets d'envergure prévus, c'est un milliard d'euros qui s'avère nécessaire...
N'est-il pas temps de changer de modèle de développement également dans les musées ?

lundi 28 mars 2011

Le MUCEM se questionne

Le MUCEM, futur Musée des Civilisations Europe Méditerranée a invité durant trois jours professionnels de la muséologie et de la muséographie, chercheurs et ethnologues à échanger et dialoguer autour de cinq tables rondes sur les musées d'ethnographie et les perspectives pour le MUCEM. Rappelons que le lieu doit ouvrir en 2013 pour accompagner Marseille Capitale européenne de la culture. Cinq rapports préliminaires élaborés par cinq jeunes chercheurs talentueux ont été proposé comme source pour les échanges. Certes, il eut fallu plus de temps pour résoudre les contradictions dans lesquels se trouvent les musées d'ethnologie, mais parions que la publication qui sortira peut être de ces rencontres permettra d'apporter une contribution intéressante. Nous avons été enchanté de pouvoir y rencontrer également les collègues et notamment faire la connaissance de muséologues venus d'Allemagne, du Portugal, d'Angleterre, d'Espagne, du Québec ou encore des Pays Bas.

En attendant le MUCEM se construit, et nous avons pu constater l'avancée d'un chantier qui demeure impressionnant par son ampleur (40000 m2 sur trois sites).

jeudi 24 mars 2011

Confluences dévoile ses réserves

Le musée des Confluences propose une exposition au musée gallo-romain de Lyon-Fourvière sur ses acquisitions et ses collections. Les objets sont d'une grande beauté, mais présentés comme en leur réserve, classés et à peine sortis de leur emballage. Que l'on ne croit pas pour autant qu'ils se présentent au visiteur en tenue négligée, bien au contraire l'apprenti muséologue pourra y admirer les conditionnements parfaits et les étuis et mousses parfaitement découpés pour assurer une conservation parfaite.

C'est bien sûr aussi l'occasion d'inviter à considérer l'histoire du musée, son évolution et les collections qui l'ont constitué : collections d'histoire naturelle, collections d'ethnographies, collections scientifiques, collections techniques, collections d'art... Les acquisitions les plus récentes sont dominées par ce souhait de valoriser les cultures étrangères dans leur production artistique, mais aussi de rendre compte des évolutions dans le secteur de l'industrie et de témoigner ainsi pleinement des sciences et sociétés. Un film présente une interview de Michel Côté qui explique le projet scientifique et culturel du musée. Enfin l'exposition est l'occasion de tester une table multitouch pour apporter des informations sur les collections et une enquête en cours vise à en faire l'évaluation auprès des visiteurs. Surtout un parcours enfant sous forme de badges et d'Ipad constitue la véritable innovation.
Un avant-goût d'un lieu que l'on a hâte de visiter en 2014.

lundi 7 mars 2011

Le musée, une institution à inventer ?

Qu'arrive t-il à André Gob ? Qu'est-ce qui peut le conduire à se poser ce type de question ? En effet, Le musée, une institution dépassée ? est le titre de son dernier ouvrage paru chez Armand Colin. Rassurons-nous ce n'est qu'une facétie d'éditeur car l'auteur n'est pas en prise aux doutes, il suffit de le lire pour s'en convaincre. Comme nous, il est certain que le musée est une structure pleine d'avenir, à réinventer peut-être, mais certainement pas vieillotte et poussiéreuse ! S'il était possible de s'interroger sur la fin des musées dans les années soixante-dix, à présent c'est plutôt l'excroissance et le développement vertigineux de l'institution qui pourrait la mettre en péril et non son inertie. C'est du reste cette piste de réflexion que suit André Gob en analysant tour à tour les modes de gestion, le développement des musées à l'international, les nouvelles pratiques un tantinet commerciales. Ainsi, c'est parce qu'il s'échappe parfois des logiques de services publics que le musée peut se révéler dépassé, dans la mesure où il renie ses origines fondatrices. Malgré tout, même si l'auteur est critique sur certaines dérives, il oeuvre pour permettre aux musées de se déployer et de donner le goût aux étudiants de s'y investir et de le réinventer. Ce petit essai est en quelque-sorte une porte d'entrée pour tous ceux qui veulent s'initier à la réflexion contemporaine en muséologie.