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mercredi 26 octobre 2011

Le Peuple de Paris au XIXé siècle

Le Musée Carnavalet propose une importante exposition sur Le Peuple de Paris au XIXè siècle, très belle proposition avec une recherche iconographique importante. Les visiteurs demeurent fascinés par les documents, les photographies en particulier des quartiers et souvent des taudis insalubres qui bordent alors Paris. Les Mystères de Paris sont évoqués et c'est bien sur de cette ambiance dont il s'agit. Une très belle salle Daumier et des documents de la Préfecture de Police retiennent particulièrement l'attention.

Toutefois, le déroulé demeure assez scolaire, les lieux, le travail, la vie à Paris, les loisirs, les classes laborieuses, les peurs avec l'hygiène et les révoltes... le scénario est assez classique. Et puis, même si Carnavalet est un musée d'histoire, cette affirmation de ne présenter que le XIXème est un peu problématique et n'aide pas à rendre le musée en prise avec son époque... Ce parti-pris est compréhensible, mais il est malgré tout regrettable, il retient le musée dans une vision assez archaïque. L'histoire n'a jamais autant d'intérêt que quand elle aide à comprendre le présent. L'histoire pour l'histoire n'intéresse que les passionnés, comme d'autres chassent les papillons où se passionnent de collections de théières. Comprendre le musée comme un lieu d'explicitation du présent, devrait permettre de relier le Peuple de Paris du XIXème à celui d'aujourd'hui. Tâche beaucoup plus complexe, mais plus captivante à notre goût.

samedi 22 octobre 2011

Le MEN fait toujours réagir... tant mieux !

Roland Recht a découvert le Musée d'Ethnographie de Neuchâtel ! Dans une chronique publiée dans le Journal des Arts du 21 octobre, il narre sa visite et rapporte combien il est offusqué des modes d'exposition des objets. Outre le fait qu'il fait d'énormes contresens dans l'interprétation des propos tenus, - mais on ne peut tenir rigueur à un visiteur de ne pas tout comprendre, cela peut arriver à tout le monde, et même à un professeur du collège de France de dire des bêtises, preuve en est... C'est le charme des expositions que de nous faire réagir, et c'est bien là où excelle le MEN depuis plus de trente ans. Non, ce qui semble plus grave c'est que Roland Recht paraisse découvrir des propos tenus par Jacques Hainard et Marc-Olivier Gonseth, il y a maintenant vingt ans et qui appartiennent désormais à l'histoire de la muséologie. Comme quoi on peut être conservateur, et même faire de très belles expositions, comme a pu en proposer Roland Recht et être inculte en muséologie. Ceci est assez déplorable, car cela manifeste évidemment un manque de réflexion et de connaissance des remises en cause opérées envers le caractère fétichiste et sacralisant que l'on a pu faire tenir à des objets, notamment dans les musées d'ethnologie. Cela explique assez largement la manière dont le Quai Branly peut être perçu et aussi influencer les esprits, une esthétisation aveugle qui occulte la réflexion davantage qu'elle ne la suscite.

jeudi 20 octobre 2011

Dickens The Inimitable

Belle exposition autour des objets et de la vie de Charles Dickens et de son attachement pour la région du boulonnais où il se rendait parait-il pour quelques frivolités. Le Château d'Hardelot, propriété du Conseil Général du Pas de Calais, abrite le Centre Culturel de l'Entente Cordiale, et présente des expositions chaque année sur les relations avec nos amis de la perfide Albion ! Après une exposition sur Blériot, voici l'oeuvre et la vie de Charles Dickens scrutée dans tous ses aspects. Certes, il y a trop d'objets, et les textes sont trop vite jetées en pâture, on sent bien que la commissaire de l'exposition, spécialiste du personnage, était plus intéressée par le catalogue et de se faire un nom à cette occasion, que de communiquer avec le public de l'exposition. Ainsi frise-t-on l'exposition fétichiste qui se plaît à contempler des objets, ici essentiellement des manuscrits. On apprend cependant beaucoup sur la vie et l'oeuvre de l'auteur, auteur qui nous semble fort peu lu de nos jours et que l'exposition fait ainsi ressortir de l'oubli, ceci avant les commémorations de 2012 qui le mettront à l'honneur dans son pays natal.

mardi 18 octobre 2011

Une terrible beauté est née

En effet, elle est assez terrible la beauté quand elle prend ce visage là, car on ne peut pas dire qu'il y ait grand chose de très attachant ou d'émouvant parmi les oeuvres présentées dans le cadre de cette 11ème biennale de Lyon. Quand elles n'invitent pas au désintérêt, la plupart des oeuvres au demeurant fort mal accrochées dans le bâtiment de la Sucrière laissent perplexes, alors qu'elles donnent carrément mal au coeur et à la tête en ce qui concernent celles sur le site du Musée d'art contemporain. Retenons les toiles de Lynette Yiadom-Boakye qui ont une certaine force, la vidéo de Julien Discrit, l'installation de Robert Kusmirowski et oublions vite les autres. La volonté de Laura Lima de déplacer les murs laisse pour le moins songeur. Au Mac, on oscille entre l'amusant émouvant avec Eva Kotatkova ou Fernando Bryce, le prenant avec Alexander Schellow et le dégeuli avec Diego Bianchi ou encore les farces et attrapes avec Cildo Meireles. Bref, une édition en demi teinte où nous avons surtout été frappé par l'entassement peu habituel des oeuvres, souvent à leur plus grand détriment. Les actions culturelles conduites avec la population dans le cadre de Vedutta par Abdelkader Damani, déployées à la marge de cette opération de renommée internationale, sont sans doute les réalisations qui demeurent les plus intéressantes.

mercredi 12 octobre 2011

Dessiner Tracer c'est parti !

La section fédérée du Nord Pas de Calais de l'Association Générale des Conservateurs des Collections Publiques des musées de France est, on le sait, très active. Une opération d'envergure est conduite avec les membres du réseau pour proposer durant l'hiver des expositions valorisant les collections graphiques dans les différents sites volontaires. Ainsi, 40 expositions seront proposées sur le patrimoine des beaux arts, mais aussi les dessins techniques et industrielles, les esquisses et portraits naturalistes. Des musées de Picardie, mais aussi de Belgique se joignent à l'initiative. Voilà qui devrait donner envie aux visiteurs de se déplacer pour découvrir des approches variées d'un même thème. C'est aussi l'occasion de faire avancer les recherches et la numérisation des collections. Un symposium international sera organisé sur ce thème au musée de Villeneuve d'Ascq du 8 au 10 décembre prochain.
Signalons, la petite exposition d'art contemporain proposée par les artistes Stéphane Lallemand, Didier Trena, Jean Luc Verna dans le très mignon musée Félicien Rops de Namur. Avant de découvrir la grande exposition Auguste Rodin - Félicien Rops, les embrassements humains. Il sera possible de la découvrir par exemple durant ce que le musée appelle les Apé-Rops, où vous pouvez apporter votre sandwich pendant une pause midi et passer un moment convivial lors d'une rencontre autour d'une proposition du musée.

dimanche 9 octobre 2011

Paris Delhy Bombay

Dans l'exposition Paris Delhy Bombay, qui vient de s'achever, le centre Beaubourg propose une vision de l'art contemporain en relation avec l'Inde, d'artistes indiens, mais aussi d'artistes internationaux y ayant séjournés, ou que l'Inde inspire. La commande s'est aussi tournée vers des artistes qui se sont alors intéressés à l'Inde pour la première fois, sans la connaître. Cette manière de ne pas cloisonner dans un étiquetage nationaliste est plaisant. Il faut souligner son intérêt pour donner de nouvelles visions d'un pays. Surtout l'exposition propose de décrypter aussi un pays avec une contextualisation qui dépasse de loin la compréhension des oeuvres, mais qui permet de s'initier à l'histoire, à la sociologie et à la politique de l'Inde d'aujourd'hui. Ainsi, un forum circulaire, centre de l'exposition privilégie la compréhension du pays, ses religions, son système politique, familial, son urbanisme... avant que de pénétrer dans des espaces adjacents où l'on peut découvrir alors les propositions artistiques. Toutes les oeuvres n'emportent pas l'adhésion, et beaucoup trahissent que le kitsch n'est pas un vain mot pour caractériser les goûts où la vision du pays. Mais peu importe, ce qui est à souligner c'est cette tendance fort intéressante de Beaubourg d'ouvrir la perception et de faire des liens pour mieux inscrire l'art produit et présenté dans la société contemporaine. Les commissaires Sophie Duplaix et Fabrice Bousteau ont ainsi explorés une voie intéressante.

samedi 8 octobre 2011

Zaha Hadid, une architecture

L'Institut du Monde Arabe a fait une très belle opération en recevant en dépôt de longue durée le pavillon que l'architecte Zaha Hadid avait conçu comme pavillon itinérant pour Chanel. Architecture originale, à défaut d'être complètement fonctionnelle pour des expositions itinérantes, le pavillon se visite déjà pour lui-même et c'est donc en toute logique que la première exposition présentée est consacrée aux travaux de l'architecte elle-même. Exposition fort intéressante, où l'on comprend ce qui anime l'architecte, ce qui l'inspire et ce vers quoi elle veut tendre. De magnifiques maquettes, des projections, des explications, certes un peu longues et parfois répétitives, sont données par un système sonore d'audioguide. Le tout est d'une bonne mesure et très agréable. Il est peut-être regrettable et c'est la critique que nous pourrions faire que le propos paraisse conçu par l'agence de l'architecte et confine parfois à la promotion. Même si cela n'est pas insistant, on peut se questionner sur le rôle de l'institution IMA dans cette démarche. Mais c'était peut être un passage obligé avant que le pavillon ne serve ensuite à présenter l'art contemporain produit dans le monde arabe. A voir avant le 30 octobre.


vendredi 7 octobre 2011

Le Louvre est-il dans le ton ?

Si le groupe Communauté Louvre a déclaré forfait faute de combattants, et c'est bien dommage car ce projet pilote était prometteur, ce n'est pas pour autant que le Louvre se retire des réseaux sociaux et des initiatives visant à renouveler l'image du lieu. Dernière trouvaille, mettre la peinture en chanson, autre forme d'interprétation, il fallait y penser ! Avec Kararocke, chantez ce que vous inspire telle ou telle oeuvre ! Conjuguant le narcissisme, propre au Karaoke, ou chacun rêve de mettre en scène son égo, invité ici à tutoyer les grandes oeuvres de l'humanité ! et les envies de s'approprier le musée autrement, de l'ouvrir sur de nouveaux modes de partage, l'initiative est tout simplement drôle. Elle permet de dédramatiser et de dissoudre la posture nécessairement solennelle qu'il conviendrait de tenir dès que l'on entre dans le saint lieu. Après tout, si les musées sont des lieux de vie, alors il faut les appréhender comme tel. Et puis cela pourrait réserver de belles surprises. Claire Diterzi a proposé un superbe album, inspiré des oeuvres, dont certaines, comme Le Verrou de Fragonard sont conservées au Louvre. C'est une invitation à ce qu'on imite la démarche, interpréter, mais pourquoi pas créer demain des textes originaux... Accompagné d'un groupe de rock, montez sur la scène de l'auditorium !


mercredi 5 octobre 2011

Promesse de musées...

Alors qu'Eva Joly signait dans Le Monde du 22 septembre dernier une tribune plaidant pour la création d'un grand musée de Révolution à Paris, une façon de démontrer s'il était besoin aux yeux des Français son enthousiasme républicain, quand on l'accuse de ne pas aimer les réjouissances militaires du 14 Juillet, voilà que l'UMP ne trouve rien de mieux dans son programme pour la culture que de proposer une antenne d'Orsay en Région (voilà qui est original !) et une annexe de Beaubourg en banlieue parisienne. Ceci en plus de la Maison de l'Histoire de France, nouveau lieu fédérateur des musées d'histoire. Bon, décidément les musées ont le vent en poupe, et l'on pourrait presque s'en inquiéter. Est-il vraiment raisonnable de créer encore et toujours de nouvelles institutions alors que celles existantes ont bien du mal à boucler les budgets ? Est-ce vraiment ce dont on a besoin pour l'avenir ? De nouveaux lieux, de nouveaux murs, de nouvelles institutions ? Ne serait-il pas temps d'inventer par le renouvellement ? De donner des moyens, d'insuffler de nouvelles dynamiques, plutôt que de vouloir inaugurer toujours et encore, réflexe bien français... Bref, on pourra se réjouir que les musées soient ainsi prisés, il est vrai que parmi les lieux culturels, ils demeurent très attractifs. On ne le rappellera jamais assez.

lundi 3 octobre 2011

Une bien belle nuit !

Pour cette dixième édition de Nuit Blanche à Paris, de nombreux sites ont présenté des oeuvres vidéos, dont celle de Mircea Cantor, artiste roumain, présentée au Théâtre visuel, fort intéressante. Même si la captation donne le mal de mer, le sujet est ingénieux. Manifestants brandissant des miroirs en guide de pancartes qui reflètent ainsi des parcelles de ville et recomposent autrement la vision de l'urbain. D'autres propositions fort belles, comme celle de Zelvinas Campinas, dont nous avions déjà parlé sur ce blog, lors de la très belle exposition présentée au Grand Café à St Nazaire. En revanche, pour ne pas être méchant, aucun commentaire à faire sur la proposition de Fabrice Hyber au parc des Batignolles, nous préférions les recherches de l'artiste quand il résidait jadis à la Briquetterie de Ciry le Noble... Les barbelés de cristaux de sel de Sigalit Landau sont troublants, même si les aspects trop kitsch de l'installation rabaissent l'exigence de l'oeuvre. En revanche, le public riait de bon coeur en regardant la vidéo de Tomas Espina et applaudissait même au Théâtre des Abbesses, ce qui est assez rare pour l'art vidéo !

Nous pouvons nous interroger malgré tout sur les dérives de ce type de manifestation, qui ont toutes en commun de finir en fête de la bière et en inondations urinaires sur la ville. Les lieux deviennent parfois vite déserts au détour de la nuit, alors que les buveurs de bière continuent à errer. Ne boudons pas notre plaisir, c'est malgré tout l'occasion par l'exposition de découvrir des lieux, de porter de nouveaux regards sur la ville, et c'est là le plus bel effet de cette fête de l'art.

jeudi 29 septembre 2011

Musée Ethique ?

Un ami me fait remarquer ce jour un article paru dans Le Devoir, journal d'information du Québec, constatant la réalisation d'une exposition financée par quelques entreprises sponsors, développant un argumentaire en faveur de l'exploitation des sables de schistes bitumineux. Cette activité est florissante, et très polluante au Canada. C'est en toute "objectivité" par conséquent que le musée des sciences et de la technologie d'Ottawa déploie une telle exposition grâce aux fonds des lobbies du secteur. Il faudrait quand même un jour s'interroger sur les financements dans les musées de science, dont l'impact n'est guère comparable avec ceux des musées d'art. Les effets induits sur les discours y sont plus directs et plus problématiques. Quand Total finance la restauration de la galerie Apollon au Louvre et quand l'entreprise finance l'exposition Pétrole à la Cité des Sciences, ce n'est pas pareil. Si toutes les expositions ne pêchent pas par des discours aussi tendancieux que semble le faire celle d'Ottawa (que nous n'avons pas vu), il faut malgré tout s'interroger sur le phénomène. Nous avions cru mourir de rire, il y a quelque temps, quand le concepteur d'une exposition sur le nucléaire, à l'Académie François Bourdon, nous expliquait sérieusement qu'obtenir des financements d'Areva, de Framatome et d'EDF n'était pas un problème et que cela n'avait aucune incidence sur les contenus. Ne serait-il pas temps de parler d'éthique ?

samedi 24 septembre 2011

Zollverein

A proximité du Folkwang Muséum dans la Ruhr se trouve une des plus belles réalisations que nous ayons eu l'occasion de visiter ces dernières années : le musée de Zollverein. Installé dans l'ancien lavoir à charbon, le musée s'intègre parfaitement dans le bâtiment, la scénographie jouant des formes ingénieusement pour présenter, non l'histoire de la mine comme on pourrait s'y attendre, mais plus largement une épopée de l'histoire de l'Allemagne, depuis l'antiquité à nos jours et de ses relations aux autres. En trois parties équilibrées, le visiteur est invité à la réflexion sur le territoire, sur le monde, sur l'Allemagne... Impressionnante réalisation, qui marie intelligence des contenus et perfection de la réalisation. La scénographie est ingénieuse, d'une rare beauté, originale tout en demeurant classique et soignée. Un lieu rare qui vient trouver sa place dans un site époustouflant, voisinant les réhabilitations de bâtiments à destination de nouvelles start'up, d'un musée du design, ou encore d'un bâtiment des arts pour l'université à l'architecture marquante, signée Sanaa, du plus bel effet. Il faut prévoir plusieurs jours de présence si l'on veut profiter pleinement de toutes les propositions, y compris du bar piscine installé dans les anciens hauts fourneaux ! Cette région encore industrielle sait marier les époques, et intégrer le patrimoine à l'intérieur d'une région certes en reconversion, mais encore en plein développement d'activités.

dimanche 11 septembre 2011

Nouveau visage pour le Folkwang museum

Le Folwang Museum de Essen dans la Ruhr est une institution dont la naissance est importante dans l'histoire de la muséologie (implantée dans un premier temps dans la ville voisine de Hagen avant la fusion des collections de deux fondateurs, Osthaus et Gosebruch). La mise en exposition choisie à l'origine de l'établissement est à ce point novateur que le premier directeur du Museum of Modern Art de New-York, Alfred H. Barr Jr. fait alors le déplacement et déclare en 1934 que c'est un haut lieu de la muséologie européenne. En effet, le choix de faire se côtoyer les collections d'art moderne et les collections extra-occidentales est des plus novateurs.

Il est peut-être dommage que le nouveau musée, qui vient tout juste d'être inauguré l'an passé, ne fasse pas un clin d'oeil à cette histoire en la rappelant dans l'accrochage. Toutefois, le lieu est agréable et l'on peut y admirer une collection admirable, notamment des oeuvres de Kirchner. Un système de patio permet de donner une clarté et de jouer des effets de lumière des plus plaisants.
A signaler, lors de notre passage, une exposition de photographies de Joel Sternfeld des plus saisissantes pour découvrir un des multiples visages des Etats-Unis.
Un mot pour nos amis photographes, vous ne pourrez vous contenter qu'avec l'exposition temporaire, qu'il est seul permis de photographier ! Comprenne qui pourra... Si la plupart des sites en Allemagne autorisent la photographie, quelques lieux appliquent comme en France une politique des plus surréalistes...

jeudi 8 septembre 2011

L'Art de la lumière

Si vous voulez plus de lumière, c'est à Unna qu'il faut aller ! Dans ce lieu d'exposition atypique, vous pourrez découvrir des artistes qui exposent leur travail avec ce qui fut longtemps considéré comme la parole divine. Thématique originale évidemment, traitée de manière singulière, dans cette ancienne brasserie que l'on visite avec un guide qui commente les oeuvres une à une. Ce point n'est pas des plus agréables du reste, puisque si beaucoup de lieux contemporains négligent la mission didactique, c'est l'inverse ici : impossible de prendre le temps de s'imprégner des créations lentement avant de chercher à comprendre. Le discours, fut-il intéressant, vous est asséné comme à l'ensemble du groupe avec lequel vous êtes obligés de vous déplacer. Bon, hormis cette médiation forcée contestable, il est possible de voir entre autre, avec une pièce pour chaque oeuvre, les démarches de Christian Boltanski, Olafur Eliasson, Rebecca Horn, Joseph Kosuth, Christina Kubisch... Enfin le bâtiment appareil photo de James Thurrell qui permet d'admirer les nuages au sol est d'une extraordinaire ingéniosité et beauté.

dimanche 4 septembre 2011

Les Nomimés au LAM

Exposition intéressante présentant quatre jeunes artistes, Damien Cabanes, Mircea Cantor, Guillaume Leblon et Samuel Rousseau, nominés 2011 du Prix Marcel Duchamp. Ce prix créé en 2000 par l'ADIAF (Association pour la Diffusion internationale de l'Art Français) vise à soutenir le rayonnement international de la scène française. C'est sans hésitation le travail de Samuel Rousseau qui nous a le plus intéressé, ces petites installations sont d'une belle intelligence pour évoquer la ville et ses problématiques.

Pour ceux qui n'ont pas encore vu le LAM, de Villeneuve d'Ascq, ce sera l'occasion de découvrir ce superbe musée inauguré récemment. Un musée où l'on se sent bien, pas seulement du fait de son parc de sculptures, mais aussi par ses espaces aérés. L'articulation du propos entre les espaces, et plus particulièrement entre les trois collections constitutives est d'une grande efficacité, à la fois simple et heuristique sur le plan scientifique. Une manière de reconstruire l'histoire de l'art en intégrant les influences de l'art brut, sans tout confondre et en donnant à comprendre. Les espaces sont à la fois séparés et complètement imbriqués.
La rénovation architecturale de Manuelle Gautrand est des plus fines pour s'inscrire dans le propos tenu par Roland Simounet. A la fois présente et modeste, respectant le bâtiment d'origine tout en lui donnant un prolongement, renouvelant les espaces dans un même esprit mais affirmant son identité propre, c'est un exemple de rénovation semble -t-il.
Un musée exemplaire qui est servit par un programme scientifique et culturel d'une rare intelligence.
(à visiter aussi non seulement le site internet du LAM, mais aussi celui de Manuelle Gautrand ! de belles propositions également !)

vendredi 2 septembre 2011

Felix Nussbaum Hauss

Nous avions vu l'exposition sur Felix Nussbaum Haus au MAHJ, Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme l'hiver dernier, et nous avions entendu parler de ce nouveau musée en construction dévolu à ces oeuvres. Inauguré ce printemps dans la charmante petite ville de Osnabrück dans le nord de l'Allemagne, la réalisation de Daniel Libeskind fait évidemment un peu trop penser au musée juif de Berlin, mais le geste est malgré tout tellement fort que l'on ne peut qu'être impressionné. Geste trop présent diront les critiques, au point que l'architecte cède aux tendances si courantes de s'exposer lui-même avant que de servir les oeuvres. Malgré tout, c'est d'une belle audace et l'articulation à l'ancien bâtiment parfaitement réussie. Car les oeuvres sont fortes et prenantes, et prennent la parole face à l'architecture à laquelle elles répondent intelligemment. Nous les avions vu dans de mauvaises conditions, lors d'un jour d'une trop forte affluence. Au point que, pour dire vraie, nous avions oublié cette exposition (d'autant qu'il était interdit de faire des photographies pour en conserver la mémoire...). En les revoyant dans ce bel écrin, nous avons pu les apprécier de manière incomparable, comme quoi le cadre est déterminant. Un musée à ne pas louper lorsque vous passerez vos vacances en Allemagne, ce que l'on vous recommande : il y a tant de musées à voir !

samedi 27 août 2011

Le M Muséum de Louvain

Nous n'avons pas eu l'occasion d'insister sur la grande qualité architecturale de la rénovation du nouveau musée de Louvain, le M van Muséum, inauguré depuis quelque temps déjà (en septembre 2009). La ville s'attache ainsi un bel établissement, clair et spacieux qui met admirablement bien en valeur ses collections originales. Conçu par l'architecte belge Stephane Beel, le lieu réuni deux bâtiments existants par une nouvelle relation très bien intégrée au site. Plus de 6000 m2 d'exposition en son sein surprend le primovisiteur par la densité et la diversité des propositions. Mêlant des intérêts pour l'art ancien comme pour l'art contemporain, il permet une mise en dialogue et un renouvellement des regards dans une ambiance très sereine. Il doit être bien agréable de travailler au sein de ces espaces. Un lieu qui mérite le détour lors d'un prochain séjour dans la capitale belge, Leuven étant à deux pas.

samedi 20 août 2011

Art plastique et danse

Parfait exemple de l'art relationnel, intitulée Move, Art and Dance Since the 60s, l'exposition temporaire en cours au K20, centre d'art contemporain de Düsseldorf est impressionnante d'inventivité. Les oeuvres sont à expérimenter, avec des visiteurs sollicités par des danseuses, des animateurs, et amenés à vivre les oeuvres en les habitant. Moitié art du cirque, plateau de danse ou art plastique, le corps est pris à parti et personne ne reste indifférent, donnant lieu à nombre d'interactions entre visiteurs. Ajoutons que les archives présentées sur des postes multimédias à la très belle interface proposent une banque de données sur la danse assez captivante. Des oeuvres de plasticiens sont présentées sur un plateau, tels Robert Morris, Dan Graham, Lygia Clark ou de chorégraphes sur une autre partie du bâtiment. Ainsi l'installation de Mike Kelley est-elle particulièrement appréciée et colonisée par les enfants. La traversée proposée par William Forsythe trouve également bien des adeptes dont peu réussissent intégralement le parcours ! Dommage que cette exposition présentée jusqu'au 25 septembre prochain, après l'avoir été à Munich et Londres en début d'année, ne vienne pas en France.

jeudi 11 août 2011

Paysages au PASS

Nouvelle exposition au PASS à Mons sur le paysage du bassin minier. Le paysage dans tous ses états, que l'on peut anticiper dans ses évolutions, au travers des visions d'artistes, d'urbanistes, de géographes, de plasticiens ou d'habitants... Paysages à écouter, paysages futuristes... Il ne s'agit pas de s'attarder de façon nostalgique sur un paysage passé, mais de comprendre comment les mutations vont venir modeler et transformer le paysage de demain. Ce n'est pas si fréquent qu'une exposition ose faire dans la prospective et parler du contemporain. Les étudiants de Valenciennes ont travaillé sous l'égide de Pascal Payeur pour proposer une scénographie originale, qui illustre comment le paysage est fabriqué, construit, mais aussi lu et approprié par les hommes qui y vivent. Un discours tonique au travers de textes et de vidéos bien calibrées.

dimanche 7 août 2011

Terra-Botanica : l'expérience du ludique végétal

Comment mieux illustrer l'ouvrage Expoland, nouvelle publication que nous présentions récemment, que de visiter le tout nouveau parc du végétal aux portes d'Angers, Terra Botanica ? Le visiteur peut faire la découverte de plantes et d'une approche de la botanique fort intéressante, mais dans une ambiance de parcs d'attractions assez étrange. On y découvre des portraits de grands botanistes peu connus, des plantes insoupçonnées et quelques restitutions de climats. Les éléments scénographiques pour mettre en scène les contenus muséographiques ne sont pas à la pointe, et paraissent même parfois un brin miteux, en revanche le traitement paysager est impressionnant. L'énergie mobilisée pour aménager un tel site est assez époustouflante. Des contenus sont convoqués, mais sans que l'on sache toujours vraiment s'ils ne sont pas des alibis. Les jeux ne sont pourtant pas omniprésents, c'est surtout la ballade dans un cadre d'exception qui importe. Certes, sous prétexte d'aborder la canopée, vous pourrez faire un petit tour de manège en coquille de noix volante. Les spectacles demeurent assez modestes et ne rivalisent pas avec les propositions des grands parcs, mais le tout est plutôt bien fait pour occuper agréablement les enfants. De là à aménager de tels lieux avec des fonds publics, est-ce bien défendable ? ...

vendredi 5 août 2011

Remixer le musée

Le musée de demain sera de plus en plus participatif, il invitera le visiteur à s'impliquer et à co-construire non seulement l'expérience de visite, mais l'exposition elle-même. Des lieux d'exposition innovent actuellement et découvrent ce qui sera sans doute assez commun dans quelques années. Il est fascinant et stimulant de vivre en direct ces nouvelles tendances et d'avoir pleinement conscience de vivre une mutation en cours. Métamorphose du visiteur en constructeur ? Pour participer et inviter à s'engager dans cette direction les animateurs du site Muséomix initient trois jours d'expérimentation du 11 au 13 novembre prochain et invitent les musées à jouer le jeu. Pour tout savoir voir le site : http://www.museomix.com/


mardi 26 juillet 2011

Soyez les bienvenus ?

Exposition d'Art Point M, compagnie d'arts de rue lors du Festival Chalon dans la rue 2011. Exposition généreuse sur les migrants et les demandeurs d'asile, exposition pleine de bonnes intentions, un peu trop, et qui évite ainsi de poser les questions qui fâchent. Exposition qui en se dénommant "Soyez les bienvenus" se trouve être en complète contradiction avec le propos même de certains protagonistes interviewés dans les vidéos qui, eux, dénoncent le mythe que représente la venue en Europe. Ainsi avec raison, une personne réclame d'ailleurs que l'on aille en Afrique pour dissuader ceux qui rêvent d'une Europe accueillante où le travail est facile. L'exposition malgré les critiques de bonne conscience que l'on peut lui adresser est utile, mais à quoi cela rime t-il de mettre un droit d'entrée dans un festival où la gratuité est de mise ? Si la scénographie est très belle, très originale, le reste est assez inconséquent. Les entretiens sont assez pauvres et les informations quelque peu lacunaires. Est-ce légitime de ne pas laisser le public s'exprimer et de lui imposer pour seul commentaire possible un tampon reproduisant le titre de l'expo, sorte d'unique parole autorisée ? Tout cela est bien regrettable, alors qu'il est si rare de voir une exposition s'attacher à un sujet aussi important et difficile.

mercredi 20 juillet 2011

Béthune 2011

Capitale régionale, Béthune 2011 présente plusieurs expositions remarquables qui méritent attention. Le musée d'ethnographie à la Chapelle St Pry avec 200 objets revisités, et surtout des expositions d'art contemporain notamment dans l'ancienne banque de France Lab-Labanque, dont la salle des coffres accueille des vidéos et des performances selon L'Esprit du lieu. Les étudiants de Valenciennes en design investissent l'ancien appartement du directeur en colocation virtuelle pour pousser la réflexion sur les formes utopiques de l'habiter. Le Garage présente des expositions photographiques du centre régional de la photographie Nord Pas de Calais, et le 360 de curieuses installations de Richard Castelli qui met en scène trois artistes dans Transformer, avec des oeuvres interactives. Des propositions qui donnent à la ville un air très branché. Les environs invitent à la balade avec des propositions de huit artistes A ciel ouvert dans les anciens sites miniers. Belle programmation pour impulser de nouvelles dynamiques sur le territoire. A déguster jusqu'à fin août pour la saison 2, en attendant la saison 3.

dimanche 10 juillet 2011

Dogon au MQB

Après avoir interdit très bêtement, comme certains de ses confrères et voisins, la photographie à l'intérieur de ses espaces, voici que le musée du quai Branly l'autorise jusque dans les expositions temporaires ! Dans l'exposition Dogon, une affichette très intelligente, bien que très peu visible, invite les visiteurs à ne pas photographier certains objets présentés. En revanche, le reste est autorisé à la prise de vue. Ainsi certaines pièces de collections privées dont les propriétaires entendent conserver jalousement l'image sont préservées. Cet appel à un visiteur responsable fait plaisir et honore le lieu. Espérons que le principe fasse des émules... L'exposition développe également une signalétique au sol agréable et originale. La scénographie de l'Agence Projectiles est assez plaisante. Sans cela, l'exposition qui présente de très belles oeuvres est d'un classicisme assez attendu : inutile de vous y rendre pour apprendre quelque-chose sur le pays aujourd'hui, en revanche la dimension historique est bien amenée. Le visiteur pourra mieux comprendre les échanges et la diversité des sociétés présentes sur le territoire producteur de ces objets, objectif suivi par la commissaire de l'exposition Hélène Leloup, spécialiste de l'art Dogon.

vendredi 8 juillet 2011

Expoland, Du musée au parc d'attractions...

Sous le titre, Expoland, Ce que le parc fait au musée, Ambivalence des formes de l'exposition, l'ouvrage, qui vient de paraitre aux éditions Complicités, regroupe les contributions de François Mairesse, Claire Casedas, André Gob, Noëmie Drouguet, Michèle Antoine, Jean-Michel Tobelem, Paul Werner, et un hommage de Joëlle le Marec à Jean-Paul Natali. Ce recueil issu d'une journée de séminaire de recherche tenue à la Cité des Sciences cherche à analyser les rapports que les musées entretiennent avec les parcs d'attraction. Nous avions déjà proposé une première exploration sur ce sujet en 2005 dans la revue Culture et Musées (n°5), nous poursuivons collectivement la réflexion avec ce nouveau livre.

dimanche 3 juillet 2011

Immersion au coeur de Montréal

Présentation multimédia de troisième génération, le nouveau spectacle d'ouverture du musée de Pointe-à-Callières se découvre en introduction de la visite du célèbre musée montréalais, institution archéologique du vieux port. Evidemment, le spectacle est là, avec de beaux effets visuels et des reconstitutions pour susciter chez le visiteur l'attachement envers une ville fière d'elle-même. Cependant, trop d'émotions tue parfois l'émotion, car plus encore que dans les deux spectacles précédents, la mièvrerie d'une vision trop positive et un peu kitsch parvient à énerver un peu. Le ton toujours enjoué et enthousiaste que l'on se plait à mettre dans tous les audiovisuels dès qu'il s'agit de s'adresser aux touristes est curieux. Pourquoi toujours parler aux visiteurs comme à des enfants de 8 ans ? Est-ce la recette marketing du cinéma hollywoodien qui sévit jusque dans les musées ? Hormis cette réserve, on apprécie évidemment tellement le lieu et la découverte de l'histoire de la ville que cela a peu d'importance. Attendons avec impatience l'extension du musée qui devrait largement amplifier ses surfaces actuelles.

vendredi 24 juin 2011

La ville fertile

Très belle exposition sur la ville durable à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, l'exposition La Ville fertile présente des projets réalisés ou en cours dans les différentes citées du monde. La place de la nature dans la ville y est abordée de manière concrète et captivante.

Le couloir d'accès est un brin austère avec ses grands placards de textes un peu rébarbatif, rappelant les avancées historiques et les utopies. Cette partie pourrait utilement être mise en ligne pour éviter une lecture rendue peu confortable. En revanche, la première partie de l'exposition, intitulée L'Objet du désir, accueille les visiteurs dans une mise en ambiance agréable et relaxante. Seize projets, réparties en quatre thème, sont passés au crible, de Paris à Beyrouth, de New-York à Saint Nazaire, de Munich à Détroit... Ces nouvelles urbanités mêlent créativité, innovation technologique, revalorisation des territoires... On peut découvrir de très belles démarches mêlant biodiversité, recherche d'architecture durable, recomposition sociale et revitalisation économique. Avec une très belle scénographie signée Nicolas Gilsoul, également commissaire de cette première partie de l'exposition.
La deuxième partie, La fabrique de la ville fertile, présente des promenades thématiques ponctuées par les quatre éléments de la nature. Des interviews de paysagistes, mais aussi d'urbanistes, de philosophes, de sociologues, d'historiens, d'économistes, d'artistes... permettent d'offrir une approche transdisciplinaire. La seconde partie de l'exposition est organisée et mis en scène par Michel Péna. Etrange idée que de faire deux expositions en une en quelque-sorte, mais l'ensemble fonctionne parfaitement. Un bel exemple d'exposition d'idées où la muséographie et la scénographie sont en harmonie.
A voir jusqu'au 24-7-2011.

mardi 21 juin 2011

De culture scientifique

Au Vaisseau à Strasbourg les enfants peuvent s'initier aux sciences et aux techniques en s'amusant. Comme à la Cité des enfants, prototype qui a servi de modèle pour le lieu, les enfants accompagnés d'un adulte peuvent découvrir et s'enchanter. Ici le temps n'est pas compté et les enfants pourront demeurer le temps qu'ils désirent. Des animations sont proposées, des ateliers et des expositions temporaires complètent l'endroit où l'on peut aussi pique-niquer en été et profiter des espaces extérieurs.


A propos de culture scientifique, à lire dans le dernier numéro de la Lettre de l'OCIM un article de Pauline Burnel intitulé Impliquer un Conseil scientifique dans les décisions de demain, et qui porte justement sur le cas du Vaisseau de Strasbourg.

Profitons pour signaler dans ce même numéro 113, un intéressant article signé Olivier Richard et Sarah Barrett sur Les médiateurs scientifiques en Europe : une diversité de pratiques, une communauté de besoins. Il s'agit de rendre compte d'une étude conduite à l'échelle européenne sur les métiers et les outils de la médiation.

Egalement dans ce même numéro, un article sur l'évaluation des dispositifs ludiques destinés aux visites familiales, par Claire Barbieux, Évaluer les effets des dispositifs ludiques destinés aux enfants en visite familiale,
Et enfin La conservation-restauration du patrimoine technique et industriel dans le cadre de la loi sur les musées de France, une mission impossible ? par Agnès Mirambet-Paris et Francois Mirambet.

dimanche 12 juin 2011

L'Hiver de la culture

Etonnant Jean Clair qui ne peut se départir d'une nostalgie bien compréhensible envers les formes passées de la culture, qui la sacralise tout en critiquant Malraux, et s'interroge une nouvelle fois sur le rapport aux images, et plus globalement aux oeuvres et aux musées dans notre société. Lire Jean Clair, c'est un peu comme quand nous lisions le dernier livre de Jean Baudrillard, c'est toujours délicieux, profondément énervant, par les raccourcis un peu stéréotypés, et en même temps dense de trouvailles et de saisissantes intelligences. On aurait tord de se débarrasser un peu vite de Jean Clair en le rangeant du côté de ces penseurs réactionnaires qui méprisent le peuple des visiteurs à l'égal des combines de l'art contemporain. S'il y a de cela, il y a bien autre chose, et notamment des intuitions géniales sur les transformations en cours auxquels l'auteur refuse de se résigner. Et puis ce serait oublier que Jean Clair est l'auteur d'expositions qui sont à nos yeux les plus progressistes en muséologie. Des expositions qui ne se contentent pas d'exposer de belles oeuvres, mais qui tiennent un discours et une thèse et qui invitent le visiteur à réfléchir.

Jean Clair est donc plein de paradoxes. Nous ne le suivons pas dans sa tendance à verser dans le religieux. Ce qui caractérise l'objet de musée est heureusement de s'affranchir de ses fonctions premières, et loin de le regretter, c'est à nos yeux ce qui fait sa richesse. Aussi sommes-nous en désaccord avec l'auteur quand il plaide pour les restitutions. Mais le livre a le mérite d'inviter à débattre.

samedi 11 juin 2011

Focale sur Anish Kapoor

Installation époustouflante Leviathan d’Anish Kapoor présentée au Grand Palais à Paris en mai juin 2011 dans le cadre de Monumenta figure ce monstre marin biblique qui avalait les âmes et qui ici avale et recrache le public dans ses entrailles, énorme baleine de Jonas gonflée jusqu’à la nef du Palais. Mais le public est libre aussi de s’inventer mille et une autres histoires, de passer de l’intérieur à l’extérieur, du sacré au profane, du ventre de la bête à la matrice, de la déshumanisation mondialisée aux images de science-fiction... Comme dans toute oeuvre forte, l’interprétation se démultiplie, et se conjugue ici à l’expérience faite par le visiteur du souffle et la pulsation, de l’étrangeté de la lumière, de la rougeur et de la noirceur. Les sens sont en éveil et invite le cerveau aux stimulations neuronales pour se forger des clés de lecture. Ainsi réflexion, sensation, et émotion se rejoignent dans une interprétation personnalisée et démultipliée.


Signalons la rencontre autour de la photographie au musée, que le Grand Palais encourage, tandis que d'autres institutions se campent sur leurs interdits dans une attitude souvent incompréhensible. Le Groupe OrsayCommons propose de débattre, samedi 11 juin à 14h30, après avoir pris la bête sous tous les angles !


http://www.facebook.com/event.php?eid=114421408646123

ORSAYCOMMONS MONUMENTA
Voir Regarder Photographier

Venez le samedi 11 juin, 14h15, pour un OrsayCommons exceptionnel à Monumenta, au Grand Palais.

vendredi 3 juin 2011

Louvre-Lens : ça avance !

En préparation de la mise en place de la formation MME sur la conception des expositions à l'université d'Artois, les contacts se multiplient. Nous avons eu le plaisir d'accueillir il y a peu Philippe Dubé, responsable de la formation de muséologie de l'université Laval à Québec, et André Gob et Noëmie Drouguet, tous deux responsables de la formation de muséologie à l'université de Liège. Nous avons pu ensemble aller à la Maison du Projet Louvre Lens et visiter le site en présence d'Arnaud Debève qui nous a expliqué l'état d'avancement du chantier.

En attendant le 4 décembre 2012, date d'ouverture prévue, nous pourrons régulièrement faire le point, et constater comment l'accompagnement de cet énorme projet se met en place progressivement sur le territoire. De nombreux travaux possibles en tous les cas pour les futurs étudiants qui vont disposer ainsi d'une situation d'étude en muséologie incomparable.

lundi 30 mai 2011

Un musée de l'économie

Le Monde donne brièvement, dans son édition du 27 mai, des nouvelles de la Cité de l'économie prévue par la Banque de France dans un hôtel particulier du 17ème arrondissement. Ce projet n'est pas sans intérêt puisqu'il s'agit de mieux faire comprendre aux citoyens les règles de l'économie. Espérons que ce n'est pas pour former les futurs traders des beaux quartiers, mais pour apprendre aux enfants des cités à déjouer les pièges du capitalisme... Si nous savons peu de choses du projet, l'article du Monde laisse cependant assez dubitatif. L'architecte Yves Lion à qui est confié le projet est entouré de François Confino, auquel la journaliste attribue la muséographie. Le problème est sans doute là, car si François Confino est sans conteste scénographe, la question de la définition des contenus demeure assez floue. L'important est "d'éviter le musée poussiéreux" (!!) et pour cela de permettre au public de jouer avec des zapettes... Espérons que le ludique ne l'emporte pas sur un véritable propos tant il y a à dire sur un pareil sujet, éminemment sensible.

Le site Web dédié au projet n'est guère plus explicite, confondant également les rôles (on peut citer : "L’inscription de la muséographie s’effectue selon une certaine neutralité en totale prise d’appui sur la morphologie du bâtiment. Une syntaxe de mobilier très sobre est au service d’une ergonomie d’usage. Vitrines, mobiliers accueillant les médias, totems graphiques, réalisation de cimaises en miroir sans tain, ou verre sablé, agissent à la manière de masques translucides lorsqu’un effa­cement momentané du décor est nécessaire. Pas de concurrence inutile, mais l’entretien permanent d’une subtile collaboration de dif­férents vocabulaires, pour élaborer une scénographie contemporaine, innovante et ludique" : De quoi parle t-on ?, de muséographie en début de phrase ou de scéno à la fin ? Nouvel exemple de cette constante confusion). Espérons également que le comité scientifique ne soit pas composé que d'économistes... 100 000 personnes sont espérées dont 50% de scolaires. Ouverture prévue en 2014.

dimanche 29 mai 2011

2011, l'Odyssée Kubrick

L'exposition Kubrick à la Cinémathèque de Paris est symptomatique d'une manière de penser et de faire des expositions. Très loin de la très belle exposition Jacques Tati ou même de celle concernant Almodovar, ou encore de l'exposition Renoir, certes moins originale au niveau de la scénographie que les deux premières, mais très audacieuse sur le propos et l'expérience comparative. Pour Kubrick, la scénographie est des plus terne, sans aucune surprise, et la muséographie est scolaire et dépourvue de toute imagination. C'est fâcheux pour présenter un tel cinéaste, à moins que ce soit une façon de se faire modeste et invisible ? En tous les cas, c'est assez ennuyeux, et seul l'intérêt pour Kubrick conduit à s'intéresser au propos.

Certes les lieux de la Cinémathèque ne sont pas, on le sait, adaptés et prévus pour réaliser des expositions, et à chaque fois les contraintes sont grandes. Toutefois, comment expliquer que des concepteurs puissent jusqu'à oublier toute introduction à l'exposition ? Car ce n'est pas le texte placé en sorti d'ascenseur qui pallie le manque d'introduction - et de conclusion - de l'exposition. Si vous ne connaissez pas Kubrick avant de rentrer dans l'exposition, tant pis pour vous, vous êtes censés connaitre ! Les textes pour chaque film et donc pour chaque séquence de l'exposition sont placés là où il y a de la place. Textes souvent rédigés sans prendre en compte les logiques de lecture par un visiteur. Bref, à défaut de tenir un propos d'ensemble, l'exposition accumule surtout les reliques, comme des fétiches sur chaque film. C'est sans grand intérêt intellectuel, mais cela plait aux adorateurs. Il est vrai qu'il y a un travail de recherche considérable pour collecter les objets et documents, mais cela suffit-il réellement pour faire exposition ? C'est là une façon classique d'envisager l'exposition, mais cela n'excuse pas les erreurs sur le plan muséographique. Cette exposition serait un bon terrain d'exercice critique pour une formation en muséologie... !

samedi 21 mai 2011

Dictionnaire de muséologie


Ca y est ! Il est arrivé ! Le Dictionnaire encyclopédique de muséologie est paru. Attendu depuis vingt-cinq ans au moins au sein de l'ICOM, c'est grâce au travail acharné d'André Desvallées et François Mairesse que l'entreprise a pu être menée à bout. Belle réussite à laquelle nous sommes fiers d'avoir participé, avec Yves Bergeron, Bernard Deloche, Jean Davallon, Noëmie Drouguet, Raymond Montpetit, et Martin Scharer. 21 articles de fond et une partie rubriques de 500 mots définis, le tout forme un ensemble cohérent complété de 3 cahiers iconographiques. L'ouvrage sera très certainement indispensable aux étudiants de la discipline et nous l'espérons utile aux professionnels et chercheurs.

Bon de commande en pdf ici

vendredi 20 mai 2011

Dieu(x) Mode d'emploi

Heureusement, il y a le texte de Gilles Courtemanche qui apporte un peu d'esprit critique à une exposition qui serait sans cela très belle et apaisante, mais d'une platitude déconcertante. Le Musée de la civilisation de Québec accueille cette exposition de Tempora présentée d'abord à Bruxelles. Si le propos de Courtemanche a semble-t-il fait débat au Québec, c'est celui d'Elie Barnavi qui nous parait pour notre part sujet à discussion, puisqu'il affirme tout de go que l'on a davantage tué au nom de la Nation, de la classe ou de la race que durant toute l'histoire l'ensemble des religions... Ce n'est pas un concours, mais on peut quand même être dubitatif. Cette séquence Conflits et coexistence a le mérite avec ces deux textes de faire débat. Rituel, passage, lieux, cultes, au-delà, divinités, corps sont les autres séquences qui ponctuent l'exposition, rien de bien révolutionnaire. Le discours est consensuel et ne questionne guère l'obscurantisme des traditions religieuses. Comme dans un monde enchanté, les religions seraient de simples croyances ne perturbant pas la société contemporaine. Si l'intention de faire connaitre la religion de l'autre pour aspirer à plus de tolérance est louable, on pourrait aussi proposer un dépassement de celles-ci pour construire un vivre ensemble qui ne repose pas sur des croyances vieilles de deux mille ans à l'heure où nous avons les moyens de comprendre le monde avec plus de rationalité. Plutôt que de contribuer à légitimer le fait religieux, le musée ne devrait-il pas éveiller les consciences et combattre les sources d'obscurantisme ?

jeudi 19 mai 2011

Connaitre les coulisses du muséum de Nancy

Pour connaitre un brin d'histoire du muséum-aquarium de Nancy, mais pour comprendre aussi ses collections, le travail conduit par les différents professionnels qui y oeuvrent, il faut se reporter au petit ouvrage Autour des collections publié par l'institution. Le grand public peut ainsi découvrir la politique d'acquisition, la gestion des collections et la conservation. Ce sont aussi les services de médiation et le travail avec les publics, la recherche, les relations conduites avec les universitaires, mais également avec les artistes. En quelques pages à chaque fois, les différents domaines sont ainsi expliqués. Richement illustrée, cette publication de qualité est évidemment une très belle introduction au monde muséal.

mercredi 18 mai 2011

Brassens pour tous

Etonnant Brassens qui plaît à toutes les générations et au-delà des clivages habituels, bien qu'il n'ait pas sa langue dans sa poche. L'exposition que lui consacre la Cité de la Musique est convaincante. D'une très belle scénographie, originale, signée Christian Marti, Antoine Fontaine et Gladys Garot et agrémentée des dessins de Joann Sfar, l'exposition conçue par Clémentine Deroudille est très plaisante, même si son propos hagiographique est attendu. Après Gainsbourg, Lennon, Hendrix, c'est le culte des idoles. Bon évidemment la veine est infinie, et la Cité peut prévoir un programme d'expositions de ce type pour les 50 prochaines années ! Mais il faut reconnaitre que c'est très bien fait et que l'on prend beaucoup de plaisirs. Il est vrai que l'on aurait pu s'attendre à un discours plus audacieux et surprenant, en questionnant cet aspect transgénérationnel et populaire de l'artiste, en allant interroger les publics, et le rapport particulier que chacun entretient avec le chanteur. Qui n'a jamais chanté du Brassens ? Qui ne se surprend pas un peu malgré soi à l'entonner ? Il est sympathique de constater combien les visiteurs ont du mal à se contrôler dans l'exposition et à ne pas se mettre à chanter tous en coeur ! Cette dimension sociologique de l'appropriation et de la réception aurait pu être développé. Le petit dispositif qui propose de participer au Championnat du monde des Brassens en se transformant à l'aide d'une moustache et en enregistrant sa version d'une chanson, puis de déposer sa vidéo sur internet est des plus drôle.

samedi 7 mai 2011

La Maison de l'Histoire de France

Quel musée d'histoire pour la France ? Voilà la question posée dans ce petit ouvrage critique, publié récemment chez Armand Colin, ouvrage qui invite à la réflexion. Vincent Duclert rappelle la genèse du projet et ses ambivalences si ce n'est ses contradictions et inconséquences. La manière dont le projet est engagé est plus que périlleux, non seulement parce que l'on sait l'usage douteux du terme d'identité fait par le gouvernement et qu'il est donc permis de redouter le pire, mais aussi parce qu'il ne saurait y avoir une seule histoire. C'est une multiplicité d'histoire qu'il faudrait convoquer. Or, la manière dont le débat est posé fait frémir. Imaginer une exposition conçue à partir des collections des neuf musées envisagés est redoutable : le musée de la Préhistoire des Eyzies et le musée des antiquités nationales de Saint Germain en Laye (la France existe depuis tout ce temps ?...!), y ajouter le musée du moyen âge de Cluny et des musées de châteaux (Ecouen, Fontainebleau, La Malmaison, Compiegne...), voilà une vision bien particulière de la France ! On ne peut pas dire que ce soit une conception novatrice ! Isabelle Backouche fait une hypothèse fort crédible : tout cela ressemble à une stratégie de rationalisation des établissements publics qui se verraient ainsi regroupés.
Faut-il d'ailleurs un musée de l'histoire de France, comme le veut le président Sarkozy ? N'y a t-il pas suffisamment de musées alors que les crédits sont à la baisse un peu partout et ne faudrait-il pas mieux permettre à ceux existant de se développer plutôt que de vouloir une Xème nouvelle institution pour marquer le règne du Prince, maladie française bien connue ? N'y avait-il pas mieux à faire ? Ces questions, Jean-Michel Tobelem les pose avec pertinence dans sa contribution. Ariane James-Sarazin rappelle qu'un musée de l'histoire de France existait déjà aux Archives, et rend compte de son projet scientifique et culturel. On comprend que les auteurs soient énervés par tant de gâchis. Encore un projet mal parti. Un de plus.

dimanche 1 mai 2011

oMusée, l'app des expos

Belle petite application pour votre Iphone évidemment, application qui plus est gratuite. oMusée présente l'actualité des expositions (essentiellement parisiennes pour le moment) et des sites français à visiter avec toutes les informations pratiques. Pour le moment un brin limité, il faut espérer que tous les sites y figurent à terme pour qu'elle devienne vraiment pertinente. L'application est bien faite, il est seulement dommage que l'on ne puisse pas interagir pour laisser des commentaires et apporter des témoignages, autrement que via Facebook.

Cette application manquait. Il est du reste étonnant que les éditeurs ne se lancent pas dans les éditions électroniques avec plus d'appétit, alors que s'il y a bien un secteur de l'édition où le livre électronique évolutif et interactif est vraiment appréciable, c'est le domaine des guides de voyage et assimilés.