Tous les pavillons nationaux n'ont pas la classe de l'Angleterre, ou l'humour des Pays-Bas, de la Suisse... Tous ne sont pas des militants de la cause environnementale ou portés à exalter la biodiversité, à la manière de la Nouvelle-Zélande, qui se présente comme un pays jardin. Nombreux sont ceux qui confondent une exposition universelle dédiée à la réflexion sur la ville avec un salon de promotion touristique. Certes, la chose n'est pas surprenante. Enfin, il y a ceux qui en font une tribune politique, nous avons vu le cas des Etats-Unis, mais pire il y a les représentants de commerce. La France, avec ses bétons, l'Italie avec son design, la Finlande avec ses téléphones (même si la promotion est ici dans un très bel écrin) qui semblent venir pour engranger des contrats de vente ! Ainsi, il n'est pas très enthousiasmant non plus le Pavillon de la Suède qui nous sert toutes la gamme des produits Ikéa. Le début commence bien avec de superbes photos faisant alterner le regard, on les informations sur les transports... Mais ensuite... on aurait pu s'attendre à autre chose de la part d'un pays qui met le développement durable au devant de ses préoccupations que d'hésiter entre la foire commerciale et le parc d'attractions, quand il ne fait pas les deux à la fois. Ainsi les enfants s'amusent bien sur les balançoires et les toboggans, mais franchement... "Better City, Better Live", le thème de l'expo, pour s'en souvenir...
jeudi 26 août 2010
Expo Shanghai 2010 : Ca marche le commerce ?
mercredi 25 août 2010
Expo Shanghai 2010 : l'Allemagne est-elle trop gourmande ?
S'il y a un reproche à faire au Pavillon de l'Allemagne c'est d'être trop plein ! En voulant trop en mettre, l'Allemagne pêche par excès. Car tout y est, à la fois la promotion touristique, le ludique digne des parcs d'attractions, l'information la plus sérieuse sur les efforts en matière de développement durable, la promotion des entreprises, les arts et la culture, et pour finir un show des plus ridicules. Si on excepte la salle de spectacles dont on se serait volontiers passée, le reste est très bien fait. Le problème est qu'à vouloir trop en mettre on s'y perd un peu, mais ne soyons pas trop sévère le pavillon est quand même très réussi. Il y a plein d'idées intéressantes, des tonnes d'informations, ce qui est une gageure dans un tel contexte. Le choix de ne pas choisir un axe fort est peut-être dommage, mais au moins il y en a pour tous les goûts !
mardi 24 août 2010
Expo Shanghai 2010 : Ma petite sirène
Parlons un peu d'un pavillon émouvant : celui du Danemark qui sait conjuguer sérénité, plénitude, engagement et humour. Le seul pavillon que l'on peut visiter en vélo avec une vraie piste cyclable ! Ils ont du bien s'amuser à concevoir ça ! Et puis cette belle entrée avec la petite sirène, évidemment, bien recontextualisée, seule, toute proche et en même temps lointaine, dans un faux calme alors que la foule l'enserre... Nous avons surtout aimé le film sur son déplacement qui l'a fait voyager jusqu'à Shanghai. C'est simple et attendrissant. Mais le pavillon n'oublie pas non plus de renseigner simplement avec des faits surprenants et marquants. Ainsi savez-vous que le Danemark compte plus de vélo par habitants que la Chine ? 0,83% bicyclette par habitant pour 0,32 en Chine ! Impressionnant non ? L'architecture est très belle, la circulation efficace. Le Pavillon sait accueillir les visiteurs pour leur donner malgré le contexte d'affluence un moment de calme et de repos paisible, mais aussi de surprises et de jeux, notamment en terrasse avec les jets d'eaux adorés des enfants, évidemment. Tout le contraire du Pavillon du Japon ! C'est l'état d'esprit d'un pays qui s'exprime par son pavillon, le Danemark a réussi son coup.
Expo Shanghai 2010 : Et Les Etats-Unis ?
Etonnante superpuissance qui ne se rend pas compte de son ridicule ! D'abord, le Pavillon des USA range les personnes en lignes pour les faire rentrer dans le pavillon, façon originale de gérer les foules, pourquoi pas. Ensuite, le public entre en masse, mais pour attendre une séance collective, d'une projection sur des écrans ridicules et mal positionnés d'un film qui pourrait très bien être diffusé en continu, sans arrêter ainsi le flux des visiteurs. Car l'audiovisuel est certes sympathique, mais il ne nécessite aucunement une contrainte de temps, tout cela pourrait être mis en boucle. Bref, première erreur. Autre option, qui rend compte d'une absence de réflexion sur la gestion des flux, le fonctionnement en séances (choix de beaucoup de pavillons présentant un show, du reste plus ou moins réussi). Evidemment, cela crée des bouchons et des problèmes de circulation. Plus grave, le contenu pour les USA est des plus affligeants, la voix de l'Amérique est d'abord portée par Hilary Clinton, puis par Barack Obama, pour une déclaration totalement déplacée en ces circonstances, sur l'amitié des deux pays. Les deux discours très langue de bois ressemblent plus à une déclaration diplomatique qu'à autre chose, avec en sus une leçon de responsabilité donnée à la Chine face au monde ! Seul le Colonel Kadhafi pour la Lybie semble être allé aussi loin dans l'usage d'un pavillon national à des fins aussi ouvertement politiques (il faut dire qu'à part un portrait du colonel - du reste pas piqué des hannetons - et un vieux tapis mal présenté, ce pavillon ne présente guère d'intérêt !!). Pour en revenir au "Pays de la Liberté" (!), plus on progresse dans le cheminement, plus c'est affligeant ! Pour finir, une petite américaine décide de passer à l'action pour changer la vie : elle va faire le ménage dans sa cour d'immeuble et planter des fleurs pour que le monde soit plus beau ! Youpi, vive la révolution écologique ! Mais cette petite idiote n'a même pas idée de planter autre chose que des plantes en pot, et pour finir elle devient une chef d'entreprise qui commande tous les voisins. Elle est tellement désagréable qu'on lui collerait des claques ! Bref, on en rassuré car on finit sur Disney et les produits made in USA. Il parait que le pavillon a été fait à la va vite, cela se sent...
lundi 23 août 2010
Shanghai Expo 2010 : Le Portugal
Saluons l’effort du Portugal et de son pavillon. Une vraie réflexion y est inscrite avec l’envie d’aller à la rencontre du public chinois. Ainsi, toute la première partie du pavillon met en scène la rencontre entre le Portugal et la Chine depuis des siècles : premiers globe-terrestres représentant la Chine, premier dictionnaire portugais-chinois, découverte du thé chinois, et plus généralement 500 ans de rencontres entre ces deux nations. (L'idée est certes simple mais elle est moins lourd dingue que les Etats-Unis... ). Le Portugal comme beaucoup utilise les projections collectives en séance fixe (solution assez malheureuse dans ce contexte d'affluence), mais il n'en abuse pas. Certes, si la film grand écran n‘est pas des plus réussi (nous avons compris assez vite qu’au Portugal les gens sont souriants et heureux !) , la seconde partie de l’exposition sur les innovations en matière d’économie d’énergie dans la ville de demain réserve parfois d’étonnantes surprises. La Pavillon met en avant sa conception zéro carbone avec les actions de compensation mises en place. Un pavillon qui affirme sans prétention excessive son originalité et sa différence. Très bien.
Shanghai Expo 2010 : Les Pays Bas
Il y a plusieurs manières d’utiliser les stéréotypes, la première consiste à les nourrir pour flatter les représentations communes. Ainsi l’Italie présente la variété de ses pâtes, ses voitures design et ses belles architectures Renaissance, et la France met en scène Brigitte Bardot, la cuisine et la tour Eiffel. Ces pavillons ne veulent pas surprendre, ils donnent au public chinois ce qu’il est censé vouloir voir du pays. Une autre manière d’utiliser les stéréotypes est de les prendre au second degré pour s’en amuser. C’est le cas de la Suisse par exemple, qui place un télésiège sur le toit de son pavillon ou encore des Pays-Bas qui proposent un pavillon très drôle et très photogénique. Composé d’un véritable amalgame de petites maisons, qui toutes mettent en scène des visions du pays, ici les stéréotypes font écho à la création, à la surprise, à l’incongru. Le tout n’est pas vain car la réflexion sur la ville et sur son architecture composite est inscrite en filigrane. La ville de la vieille Europe est constituée de strates, d’ajouts de bric et de broc. Ajoutons que la circulation dans l’espace est très bien pensée et que l’espace de repos avec les moutons portatifs fonctionnent à merveille. On a aimé !
samedi 21 août 2010
Shanghai Expo 2010 : Mexique
Le Mexique déploie de belles idées originales. Même si tout n’est pas réussi, les intentions sont là. La vision de petits films sur le Mexique au travers de masques, très évocateurs du Mexique par ses traditions mais aussi pas ses composantes modernes, connaît un beau succès, même s'ils sont au final difficiles à regarder ! L’intégration de la création contemporaine dans le Pavillon est également bien réussie et offre un bel équilibre entre découverte du Pays, création, et informations scientifiques sur le développement urbain. Des multimédias sont proposés qui ne sont pas au point en terme d’usages par le public, connaissant quelques erreurs à éviter (comme le fait de choisir les actions sur une table plan devant soi et de regarder le résultat projeté en hauteur, la plupart des visiteurs ne comprennent pas...), mais avec une trame muséographique sur les choix à opérer, par exemple en matière d’énergie, pour sa maison, son quartier, sa ville, son pays... qui sont fort intéressants. Bref, un Pavillon où la foule n’est pas délirante et qui en vaut bien d’autres à la notoriété plus grande...
jeudi 19 août 2010
Shanghai Expo 2010 : Que faire de tous ces visiteurs ?
Avec un rythme moyen de 400 000 visiteurs par jour, l’exposition de Shanghai doit évidemment mettre la question du public au centre de ses préoccupations ! Non seulement l’organisation technique est impressionnante, pour acheminer, faire rentrer, mais aussi faire manger, faire circuler tous ces visiteurs, mais c’est aussi à chaque pavillon de s’emparer de la question. Comment permettre aux visiteurs reçus de visiter dans de bonnes conditions ? de réduire son attente ? de l’occuper dans les éventuelles files d’attente ? de prendre soin de son confort ? de lui permettre de s’intéresser et de le captiver alors que de multiples sollicitations l’invitent vers ailleurs ? Ce sont des questions passionnantes à résoudre pour un muséographe ! Et on peut comparer les méthodes. Car hélas, beaucoup de pavillons n’ont semblent-ils pas eu suffisamment de réflexions à ce sujet. Ainsi, il y a des pavillons qui conçoivent leur scénographie pour permettre des circulations fluides (le pavillon remarquable de la ville Chinoise de Ningbo Tengtou par exemple) et d’autres qui bloquent tout avec des salles de spectacle placée de manière inopportune. Le pire dans ce registre, demeure les Etats-Unis qui non seulement propose un contenu des plus nuls, mais en plus le font de manière des plus stupides ! Enfin, le Japon n’est pas mal non plus, préférant la méthode policière pour faire avancer les publics avec des gardes chiourmes pour faire avancer la masse et interdire de photographier... cela retarde le flux ! Déplorable.
Shanghai Expo 2010 : Le Canada vaut le détour
Au Canada aussi on peut faire du vélo ! mais ici c’est pour produire de l’énergie nécessaire pour animer les images. Surtout le pavillon offre une belle ambiance, avec une projection très réussie sur un mur de cubes, et une intelligente composition d’un très bel effet. Si le pavillon est enthousiasmant, il est un peu court en bouche, le parcours aurait mérité d’être un peu plus long. Une autre très bonne idée à découvrir dans les pavillons des villes, la projection par la ville de Montréal d’une composition dont on ne dévoilera pas la surprise technique, sur la réhabilitation d’un ancien dépôt d’ordures reconverti en jardin et en accueil culturel pour le quartier. Lieu où le Cirque du Soleil a élu domicile pour son siège social (La Tohue). En revanche, zéro pointé pour le pavillon de Vancouver. Passez votre chemin.
mardi 17 août 2010
Shanghai Expo 2010 : une exposition de vélos ?
C’était drôle de constater que non seulement les éoliennes sont partout, dans tous les pavillons nationaux ou presque, comme une sorte de leitmotiv pour se donner bonne conscience, emblème de la ville écologique, mais aussi que de nombreux pavillons mettent en avant les bicyclettes pour convertir au mode de transport idéal... mais y prétendre en Chine, c’est un comble !! Et de nombreux pays européens exhibent ainsi leur prototype de vélos électriques avec grande fierté... Certains mêmes proposent de faire du vélo et nul ne va aussi loin que le Danemark qui incite à visiter son pavillon en vélo ! Mais c’est assez risible pour le promeneur qui peut constater qu’à Shanghai, les Chinois n’ont pas attendu l’expo ! Non seulement presque tous les vélos sont ici électriques, mais aussi les scooters ! Et ce n’est pas d’hier, ce n’est pas là la propagande que certains dénoncent, car tous ces engins ne sont pas flambants neufs. Car la Chine n’est pas ce pays arriéré et sale que l’on veut bien nous laisser imaginer souvent en Occident... Même si la conscience environnementale a certes beaucoup à progresser sur certains plans, sur d'autres la Chine est largement en avance sur le reste du monde. Espérons que les expositions puissent contribuer à éveiller l'ensemble de la planète.
dimanche 15 août 2010
Shanghai Expo 2010 : que peut-on dire ?
Que peut-on dire dans une exposition universelle ? Evidemment très peu de choses, il ne faut pas s’attendre à délivrer des tonnes de messages alors que des flux de visiteurs conséquents sont à gérer (rappel entre 380 et 450 000 visiteurs par jour !) et que chacun entend courir pour en voir le plus possible ! Il faut être efficace, dire peu et donc énoncer des messages clairs, surprenants qui viennent happer le visiteur qui déambule d’un espace à l’autre. L’exercice est tout sauf simple. Peu de pavillons y réussissent. Certains en disent trop, comme l’Allemagne ou la Belgique par exemple, d’autres ne disent rien ou presque, comme la France ou le Japon, enfin beaucoup sont hors de propos. Plusieurs ne sont là que pour faire du promotionnel, comme l'Italie, l'Irlande (même s'il est très beau) ou la Suède. D'autres prennent le reste du monde pour des imbéciles, comme l'Australie ou les Etats-Unis. Il y a ceux qui ciblent utilement une seule idée, mais qui ne parviennent pas à suffisamment faire les liens pour être totalement convainquant, comme la Hongrie ou le Chili. Mais au moins de belles idées y sont-elles exprimées. Alors, les pavillons du Mexique, de la république Tchèque, du Danemark, du Canada, de la Suisse sont dans leur genre plutôt réussis. Les Pays Bas sont très drôles. Certains sont modestes, mais ils ont le mérite de découvrir quelques idées surprenantes et originales. Le Portugal, le Brésil, la Finlande, la Norvège, l'Autriche offrent une belle diversité...
vendredi 13 août 2010
Shanghai Expo 2010 : Et viva Espagna !
Cessons de nous énerver et apprécions un pavillon superbe, qui nous aura fait frissonner d’émotions. L’Espagne, pourra paraître parfois un peu loin du thème, mais son parti pris est fort : par des puissantes images, des murs d’images en mouvement, le pavillon convoque le rêve et affirme un pays où le lien entre les êtres composent les villes. L’Espagne est capable d’évoquer les attentats de Madrid dans un tel contexte sans paraître obscène, avec extrême dignité. Certes, un affreux bébé géant animé, qui ressemble à un vieillard, à la fin du pavillon, est épouvantable (même s’il semble beaucoup plaire aux Chinois), mais au-delà de cette faute de goût, tout le reste est remarquable. Des mobiliers futuristes abordent pour finir la ville par différentes thématiques, l’énergie, la solidarité, la santé... avec un graphisme des plus simples et des plus percutants pour faire passer des messages. Bref, de toutes les expositions, l’Espagne est celle qui semble le mieux maîtriser les codes de la muséographie (à voir aussi le pavillon de la ville de Madrid qui est de toutes les villes le plus réussi, nous y reviendrons peut-être... !).
jeudi 12 août 2010
Shanghai Expo 2010 : Quand Orsay s’affiche...
Qui a choisit les six oeuvres du musée d’Orsay pour figurer entre les ciments Lafarge et les sacs Vuiton dans le pavillon français ? On s’interroge encore. Car sur ce thème de la ville, le musée d’Orsay avait plein de possibles, imaginons l’évolution de la ville industrieuse depuis le XIXème à la ville écologique... ah le beau thème que voilà pour Orsay ! Et bien non, vous aurez un Rodin, et quelques portraits, un Bonnard, un Millet, un Van Gogh... Sans doute, cela aurait dû être le clou du pavillon. Mais les Chinois préfèrent manifestement les sacs Vuiton pour se prendre en photos devant !!! Et le musée d’Orsay de raconter dans un (trop) grand texte que la gare fût classée par Pompidou, le musée voulu par Giscard et inauguré par Mitterrand, voilà de quoi passionner la Chine toute entière ! Enfin nous n’avons pas dit l’essentiel, pour parler de la ville de demain, le pavillon de la France s’ouvre et se referme sur deux véhicules, un peu de pub pour Peugeot après Michelin ! Superbe réflexion ! Des bagnoles pour parler de la meilleure ville ! Seule l’Italie a osé faire de même ! Heureusement, les superbes portraits de Yan Pei Ming à l’extérieur sauvent un peu la mise, mais inutile de faire la queue et de rentrer pour les admirer !
mercredi 11 août 2010
Shanghai Expo 2010 : Pire que la France ?
Si l’architecture est plutôt réussie, avec son cheminement en spirale, bien qu’il n’y ait rien là de révolutionnaire, et que l’idée tombe plutôt sous le sens, étant donné les conditions d’affluence, pour ce qui est du reste... Faut-il vraiment faire tout une histoire de la résille qui entoure le bâtiment fut-elle en béton innovant ? Si le résultat peut plaire, pour ce qui est du contenu, c’est totalement catastrophique. Seule l’Italie fait plus médiocre... (enfin soyons juste, il y a pire, mais nous en reparlerons plus tard... !), il faut le dire le pavillon de la France n’a ni queue ni tête. C’est le signe manifeste d’une absence de programme muséographique, et d’un abandon du contenu au seul architecte. Alors évidemment, c’est un désastre ! Rien à dire, rien à démontrer, les clichés s’alignent au fil des coursives. Un peu d’images rétro : la France = la tour Eiffel évidemment, plus Brigitte Bardot et Gérard Depardieu à 20 ans ! et puis quelques enseignes publicitaires : les ciments Lafarge, les sacs Vuiton. Entre deux pubs, un peu de culture, de la peinture... Voici la France... Au fait, c’était quoi le thème de l’expo ?
lundi 9 août 2010
Shanghai Expo 2010 : c’est qui le plus beau ?
Bon, il est idiot de vouloir décerner des prix et faire un classement, tous les pavillons ont leur spécificité et leur approche originale. Mais cette pétition de principe lancée, il faut bien admettre que certains ont mieux réussis que d’autres et sont plus probants. Allons y tout de go, et décernons le prix d’excellence à... l’Angleterre (enfin au Royaume Uni) car c’est de loin le plus audacieux, le plus beau et le plus intelligent. Même si le thème n’est qu’approché, le parti pris est fort, enthousiasmant et d’une grande qualité. Banque des espèces qui conduit à prélever dans la ville et à engranger dans son coffre fort pour mieux préserver et peut être réinsuffler la biodiversité en semant à tous vents. Ces grandes tiges vont et viennent et relie l’intérieur et l’extérieur, belle symbolique. L’idée est belle et l’architecture fait complètement corps avec le propos. Bravo.
samedi 7 août 2010
Shanghai Expo 2010 : une exposition écologique ?
Surtout, le thème de Shanghai, Meilleure Ville, Meilleure Vie, « Better City, Better Live», inscrit partout, vient clamer la volonté de prôner un autre monde, naturellement plus écologique. Bien sur, les critiques auront raison de souligner les paradoxes et la poudre aux yeux, et dire que rien n’est moins écolo que ces millions de personnes déplacées, reçues, consommant du jetable... mais c’est oublier que malgré tout de nombreux messages passent auprès de la population. Que la Chine s’éveille, et qu’elle s’éveille à l’écologie ne peut que nous réjouir. Soyons attentif, elle peut même rapidement devenir leader dans le domaine : rappelons que déjà la Chine est le premier investisseur au monde dans l’éolien...
jeudi 5 août 2010
Expo 2010 à Shanghai
Etrange chose qu’une exposition universelle ! Exercice d’équilibriste se tenant entre la foire commerciale et son inévitable activité promotionnelle, le parc d’attractions et ses ludiques divertissements, la prouesse architecturale sacrifiant au spectaculaire, le déferlement des dernières innovations techniques, la parade de carnaval pour amuser les tous petits et même la volonté culturelle et didactique de promouvoir les arts et les sciences auprès de tous ! Shanghai ne sacrifie pas à la règle, mais l’édition ajoute au pétillant en exotisme et en surprises. Car la Chine affirme ainsi sa puissance, son extraordinaire capacité à relever le défi en démontrant au monde entier une organisation irréprochable et une exposition universelle dont on se souviendra. Nul doute que Shanghai 2010 comptera dans l’histoire, non seulement de la ville qui retrouve ses fastes des années 30, mais du pays tout entier qui ne manque pas de fasciner. Avec plus de 200 pavillons internationaux, de multiples expositions qui attendent au bas mot 70 millions de visiteurs, et surtout une ville toute attentive à se refaire une beauté, l’exposition est d’ores et déjà une réussite.
samedi 17 juillet 2010
Le Nouvel âge des musées
lundi 12 juillet 2010
Ceci n'est pas un casino
Décidément les parcs d'attractions sont à la mode dans les musées ! Après la réflexion sur la culture prenant les formes d'une fête foraine au MEN de Neuchâtel avec Helvetia Park, après Takeshi Kitano à la Fondation Cartier et Dreamlands à Beaubourg, voici que Le Forum d'art contemporain, Le Casino à Luxembourg propose une exposition impertinente sur ce thème. Evidemment, il est tentant dans un ancien casino de produire des oeuvres en miroir, et c'est une façon d'évoquer le passé du lieu. Expérientiel quand tu nous tiens : le visiteur pourra jouer aux machines à sous ou au flipper selon Paul Kirps, lancer des fléchettes sur le mur de Jacob Dahlgren, sauter sur un trempoline artistique conçu par Patrick Berubé, ou faire de l'auto-tamponneuse comme le désire Pierre Ardouvin. Bref, il y a bien d'autres propositions pour nous faire douter des limites de l'art et ne plus savoir déterminer où est l'oeuvre, dans l'exposition ou dans la manière de s'en servir. Finalement l'artiste, c'est le visiteur. A consulter aussi le très beau site internet.
samedi 3 juillet 2010
La Fabrique des images
Avec l'exposition La Fabrique des images. Visions du monde et formes de la représentation, le musée du Quai Branly signe une de ses plus fortes expositions. Placée sous le commissariat de Philippe Descola, l'exposition présente les thèses que l'auteur a en partie développé dans son ouvrage, Par delà nature et culture. Si l'on a accusé parfois le musée du Quai Branly d'être un musée réactionnaire, en cela qu'il avait tendance à revenir à une muséologie de l'objet pour l'objet, il est impossible de lui en faire grief ci. Car il s'agit d'une exposition à thèse, où les objets ne sont pas là pour faire joli, mais pour expliquer et faire comprendre des interprétations du monde. La façon d'envisager l'Autre et la manière d'habiter le monde passe par des cosmogonies que Descola classe en quatre grandes catégories, l'animisme, le naturalisme, le totémisme et l'analogisme. Il est étonnant de constater combien les sociétés se répartissent et se rencontrent au gré de ces subdivisions, comment des manières de se représenter et sans doute de produire de l'art en résulte. C'est aussi par cette occasion une manière de comprendre le monde dans sa globalité, sans scinder ce qui serait l'art occidental des arts premiers... Il faut prévoir du temps pour visiter, car l'exposition est aussi riche que passionnante. Mais on peut prolonger aussi par un très beau catalogue qui complète la visite.
dimanche 20 juin 2010
Des outils pour l'écoconception
Fort utile, cette première publication des livrets de l'IFREE, Institut de Formation et de Recherche en Education à l'Environnement, organisme de la Région Poitou-Charentes, est consacrée à l'Eco-conception des outils pédagogiques. Les expositions, les stands, les parcours d'interprétation, les malles pédagogiques et les autres outils de médiation, comme les livrets ou les outils pour les ateliers, tous omniprésents dans les musées sont passés en revue, au travers d'expériences et de consignes très claires. Les démarches sont présentées et analysées, des conseils prodigués pour choisir sa démarche, ses partenaires et prestataires, ses matériaux, les choix de mise en oeuvre. Si on pourra regretter que la lisibilité ne soit pas optimale du fait du petit format de la publication, cela s'explique par cohérence environnementale ! Des adresses, contacts et bibliographie permettent d'en faire un outil fort utile. Qui plus est, cette publication est distribuée gratuitement et peut même être téléchargée sur le site. Voir le site internet : http://ifree.asso.fr/papyrus.php
mercredi 16 juin 2010
Hommage à Poveda
Une exposition qui fait littéralement froid dans le dos. Christian Poveda avait choisi de relater la vie des maras, ces gangs de rues du Salvador prêts à tout pour survivre, vouant un culte à la mort et aux combats. Attaché à ces êtres étranges qui poussent le signe d'appartenance en signant et assignant leur corps à toutes les violences. Marquant l'autre, se désignant soi-même par des tatouages et des marques corporelles fascinantes, effrayantes. Assassiné le 2 septembre 2009, Christian Poveda y a laissé sa peau. Les musées de la cour d'or de Metz lui rendent hommage par une exposition de photographies fortes et troublantes. Son approche journalistique est plus qu'une galerie de portraits : reportage ethnographique à la Sanders ou à la Walker Evans des temps modernes ? La soixantaine de photographies et le film documentaire projeté, La Vida Loca, viennent témoigner d'un humanisme d'une grande intensité mais qui trouve ses limites par la fin tragique de leur auteur. La défonce, la violence, la mort, la vie à ses ultimes limites, une exposition qui dans ce lieu si beau et si paisible prend une dimension encore plus insoutenable.
samedi 12 juin 2010
Des objets pourquoi faire ?
Belle exposition comme on les aime, présentée au Musée de la vie bourguignonne jusqu'au 20 septembre, conçue de manière originale par un groupe composé de différentes personnes des musées de la ville de Dijon et piloté par Sophie Jolivet. L'événement s'inscrit dans le cadre des expositions présentées dans 16 villes de l'est de la France, de Suisse et d'Allemagne dans le programme Utopies et innovations. Tout garder ? Tout jeter ? Et réinventer ? Derrière cet étrange titre en trois questions se cache une exposition surprenante, avec un discours sur l'objet de musée, mais aussi sur les raisons de la conservation, sur le tri, sur le rebut, le rejet, le déchet, le recyclage, les secondes vies... Objet : évidemment, le mot obsède le muséologue. Objet conçu, acheté, conservé, collectionné, trié, jeté, recyclé... De taille modeste, à dimension humaine, l'exposition fait preuve d'inventivités, avec une kyrielle de petites idées sympas. La scénographe, Véronique Brotin, a trouvé des manières toniques de traiter le sujet, avec des moyens certes modestes mais qui l'ont justement conduit à innover pour donner à l'objet toute sa place, toujours mis au service d'un discours muséographique clair et synthétique. Les vidéos sont amusantes, et l'approche développement soutenable amené sans pesanteur. Des livrets pédagogiques attractifs sont à disposition pour approfondir la visite, et mieux encore ils sont téléchargeables sur le site.
mercredi 9 juin 2010
Pompidou Metz : incontournable !
Chapeau bas ! Beaubourg Metz est une réalisation superbe à tous points de vue. Qualité architecturale indéniable, belle finition, fonctionnalité adaptée, services aux visiteurs irréprochables. Il faut être honnête, nous nous y rendions avec une arrière pensée critique, car ouvrir avec une exposition intitulée Chefs d'oeuvre, c'était le risque de ne trouver qu'un alignement d'oeuvres majeures autosuffisantes pour faire exposition. Et bien il n'en est rien, ce n'est pas là une exposition de plus avec une simple compilation de trésors. C'est une vraie exposition de discours, avec des partis-pris, des manières de conduire le visiteur dans une exploration de l'art du XXème siècle en lui proposant des regards originaux. Laissons la surprise de la découverte, signalons simplement cette inscription intelligente dans le territoire, la remise en question des regards, les transversalités, les approches combinées. Le tout avec des médiations parfaites, des textes soignés et exemplaires. Les jeux scénographiques avec les allusions à la maison mère parisienne, les clins d'oeil entre les époques tout à fait ingénieux, les espaces agréables et variés en ambiance. Le site s'inscrit dans une rénovation urbaine bien conduite. Tout cela donne envie de se précipiter à Metz tous les week-ends ! Bravo !
jeudi 3 juin 2010
Mythologie du musée
Il est important de lire Bernard Deloche car c'est toujours stimulant pour l'esprit, cela réveille des conformismes qui guettent toujours. Sa dernière parution, Mythologie du musée au Cavalier bleu ne déroge pas. Bernard Deloche règle ses comptes avec l'institution musée comme un amoureux déçu. Il demande tant qu'il s'avère insatisfait des plaisirs qu'on lui prodigue. "Qui aime bien châtie bien " dit le proverbe populaire, et c'est ainsi qu'il faut comprendre les reproches de l'auteur. Deloche aurait rêvé tellement plus. Toutefois, il nous semble qu'à force de proclamer l'abstinence et le divorce, l'auteur développe une vision non seulement caricaturale, mais assez passéiste des lieux. A force de ne pas les fréquenter, il construit une mythologie du musée, sa propre mythologie, l'image d'une institution très éloignée de ce qu'elle est réellement. Ainsi, quand il écrit (p.56-57) que le musée est coupé du présent "refusant toute forme de rapports interactifs", l'information circulant à sens unique de haut en bas, nous ne pouvons pas le suivre. C'est vrai de l'archétype du musée, et il est vrai que beaucoup de musées de beaux arts sont encore ainsi, mais c'est faire silence sur tellement d'autres lieux, et pas seulement des musées de science, muséum, musées de société, écomusées... qui explorent actuellement des mises en dialogue, des échanges. Le Web.2 sert du reste beaucoup à cette co-construction des espaces de visite et même des discours.
mardi 1 juin 2010
App's à tout va
Les applications iphone se multiplient dans les musées. La pinacothèque de Paris conduit une campagne virulente pour proposer son application d'accompagnement à la visite, mais nous voulons attirer l'attention ici sur la démarche du musée Rodin qui avec l'exposition de l'artiste belge au goût provocateur Wilm Delvoye propose une application qui vient compléter et agrémenter la visite. De plus cette application, comme les anciens livrets de visite peut être conservé comme souvenir de l'exposition. Si elle est très belle et bien organisée, il est cependant dommage que le contenu soit si léger. Les réalisations de l'artiste pourtant étonnantes ne sont guère reproduites. Le musée reste très timide, sans doute par peur que l'on ne vienne pas voir l'exposition in situ ! Dommage que l'on ne puisse se remémorer les propositions à loisir une fois la visite effectuée. Pourtant ce système d'app's ouvre des potentialités formidables, non seulement des bonus sont possibles, comme le making off, avec le montage de l'exposition, mais aussi l'interview de l'artiste commentant son rapport à Rodin ou encore la possibilité pour le visiteur de laisser ses commentaires et d'interagir.
lundi 24 mai 2010
Dreamlands
Très très belle exposition que Dreamlands, Des parcs d'attractions aux cités du futur, présentée à Beaubourg, au croisement des utopies, des loisirs, de l'architecture et de l'urbanisme. Les expositions universelles ont proposé des visions enchantées d'une ville rêvées : divertissantes et ludiques faisant évoluer la notion de culture, vivifiée tout au long du XXème siècle par les artistes qui se sont adonnés à la confusion des genres et au ressourcement. Ainsi la culture populaire source d'inspiration éternelle de la culture savante s'est progressivement délayée dans une culture de masse diffusée par les industries culturelles. Ce mouvement vient de loin, comme en témoigne cette exposition qui conduit le visiteur dans une épopée originale : s'interrogeant par exemple sur la manière dont le parc d'attraction nourrit l'imaginaire de la ville et la renouvelle, ou sur les points de rencontre entre les utopies urbaines et les visions enchantées des parcs de loisirs... La construction de pseudo identités prend toute son ampleur dans ces villes thématiques des banlieues de Shanghai ou dans la ville rêvée de Dubaï, quand ville et parc de loisir ne font plus qu'un. Vivre dans des décors où le faux enchantement conduit parfois la vie toute entière à se confondre avec les logiques hollywoodiennes... Exposition très bien faite, discours bien conçu, belle scénographie, textes performants, oeuvres pertinentes... nous ne pouvons qu'être enchanté que Beaubourg renoue avec des expositions à dominante plus anthropologique. Il est juste amusant de constater que le Centre Beaubourg lui-même ne soit qu'évoqué par une maquette sans trop s'y attarder, alors que l'on se souvient de la critique féroce de Jean Baudrillard à son endroit, portant justement sur la société de spectacle et de cette formidable machine à transformer la culture en produit de consommation. Il aurait pu être courageux de le poser plus frontalement comme élément du débat ! Signalons également le catalogue d'exposition très pertinent.
dimanche 16 mai 2010
Retour d'Angola
Le Musée d’Ethnographie de Neuchâtel avance doucement mais sûrement ! Selon une habitude peu courante dans les institutions, l’équipe du MEN prend le temps d’éditer ses catalogues d’exposition et de ne pas brusquer les choses. Ainsi tous ceux et celles qui ont visité Retour d’Angola retrouveront avec cette publication l’explication de la démarche et toute l’histoire liée non seulement aux périples de Théodore Delachaux dans les années 30, mais aussi l’histoire de l’exposition, et l’explication des choix muséographiques et scénographiques effectués. La parfaite articulation entre la partie recherche, scientifique, la partie orientation conceptuelle par les muséographes et les choix scénographiques remarquables de Patrick Burnier, est une fois de plus démontrée (notons que le catalogue avance le terme d’expographe plutôt que muséographe, ce qui fera plaisir à André Desvallées). On comprend ici combien l'exposition résulte d'un travail analytique considérable. Les vitrines sont comme dématérialisées pour donner à voir l'archive incarnée. Les effets ne sont pas seulement visuels, ils prennent sens avec le propos. C’est plus largement une réflexion globale sur le bâtiment lui-même et une occasion de repenser les dispositifs pour développer une histoire de l’institution et la poursuivre. Comme toujours au MEN, la publication n’est pas que le traditionnel catalogue d’exposition qui rend compte des recherches scientifiques, en marge et déconnecté de l’événement lui-même. En prenant le temps de le publier après l’ouverture, c’est aussi l’occasion de revenir sur l’exposition, sur sa construction et son intégration, et donc du point de vue muséologique, ce sont toujours des documents précieux. Ajoutons que c'est un magnifique ouvrage avec des très belles illustrations.
mardi 11 mai 2010
Faire des expositions sans le savoir
Il est de moins en moins rare que des lieux autre que des musées proposent des expositions. Ainsi les monuments historiques, les bibliothèques, mais aussi les centres interdisciplinaires et même les lieux dédiés au spectacle vivant. C’est une bonne chose en soi, cela démontre que le média exposition demeure incontournable pour communiquer à l’heure notamment des nouvelles technologies. Toutefois, cet enthousiasme à son revers, car si beaucoup de lieux spécialisés font des expositions peu abouties, les propositions de ceux qui n’ont aucune compétence et savoir faire en la matière aboutissent souvent à des résultats catastrophiques du point de vue muséographique. Loin de défendre des chapelles et pré-carrés, mais il faut dire simplement combien le métier de concepteur d’expositions réclame une technicité qui ne s’invente pas. Que les expositions ne soient pas réservées aux seuls musées, c’est très bien, et pour cela André Desvallées a proposé le terme de expographe plutôt que de muséographe, mais c’est encore mieux quand le professionnel en question est mobilisé. Pour cette raison, nous ne distinguons plus dans la formation dijonnaise l’option patrimoine et l'option musée, considérant qu’il est important que les futurs professionnels soient tous formés peu ou proue au métier de l’exposition. Mais il faudrait plus largement que les lieux aient recours à ces professionnels. Juste un exemple, la Maison folie de Mons propose une exposition fort intéressante sur l’après-pétrole, avec une rencontre entre des scientifiques de l’université et les utopies urbaines de Schiten. L’initiative est bonne, et il y a beaucoup de choses passionnantes dans cette exposition, mais c’est dommage qu’un travail muséographique n’ait pas accompagné le tout pour lier ensemble les parties et pour parvenir à une communication optimale pour le public.
jeudi 6 mai 2010
Aux chiottes l'artiste ?
Regardez bien cette photo prise par Lucas Jackson et publiée dans Le Monde 2 du 10 avril dernier. Vous vous dites : "voilà encore une de ces fantaisies provocatrices d'un de ces artistes propulsés par un musée d'art contemporain. Sans doute une évocation d'Abel Gance mixée à du Luis Bunuel ou une quelconque métaphore de la fin de l'art, si ce n'est une ultime salve contre la religion catholique qui nous fait ch..." Mais non, vous n'y êtes pas ! Ce n'est pas cela du tout. Et cela va faire pâlir bien des artistes qui auraient rêvé de signer une telle oeuvre. Non c'est la création désespérée des salariés de Jacob Delafon, fabriquant de sanitaires à Brives-la-Gaillarde qui protestent contre la fermeture de leur usine. De quoi nous faire réfléchir. Est-ce que ce que l'on voit habituellement dans les musées d'art contemporain n'a absolument rien de plus intéressant que les manifestations de la vie quotidienne et que l'art est devenu complètement nul ? Ou bien est-ce au contraire que cet art imprègne peu à peu l'ensemble de la vie sociale au point qu'elle rend celle-ci pleine de créativité ? Chacun tranchera, mais la rencontre est étonnante.
lundi 3 mai 2010
Plans d'évasion
Très belle exposition présentée à l'Institut d'Art Contemporain de Villeurbanne, et qui ferme malheureusement normalement ses portes le 9 mai prochain. Michel François y présente Plans d'évasion, une exposition inventive dont la scénographie fait entièrement partie du process de création. Car voilà une exposition où la scénographie fait littéralement oeuvre, puisqu'elle invente un cheminement en miroir, l'exposition conduisant dans une sorte d'image inversée avec un espace qui répond à un autre espace comme une sorte de feuille de papier pliée en deux. Ce test de Rorschach à sa manière révèle les fantasmagories de l'artiste avec des oeuvres forts étonnantes. La symétrie est du reste constamment présente dans le travail de Michel François qui s'amuse des échos et des miroirs. Il y a de la fragilité, de la métamorphose captée à un instant T, des formes transitoires, des processus et des croissances, un cycle infini qui nous contemple. Tout y est en équilibre et en instance d'autres choses. Une exposition comme on aimerait en voir plus souvent dans les centres d'art contemporain...
dimanche 2 mai 2010
Le Musée hybride
Cette nouvelle contribution, Le Musée hybride de François Mairesse restera à n'en pas douter une publication de référence en muséologie. Issue de son habilitation à diriger des recherches, l'ouvrage fait un tour d'horizon très documenté des théories du musée, institution écartelée entre les logiques du marché et les modes de fonctionnement de service public. La proposition originale de l'auteur est de parier sur une troisième voie reposant sur la logique du don qui permet de sortir des classiques et dangereuses dichotomies. En explorant les modes d'organisation et de gestion du musée, François Mairesse démontre une fois de plus sa grande culture muséologique et livre non seulement une synthèse conséquente, mais aussi une approche originale qui fera date.
samedi 1 mai 2010
Bas les masques
Si vous n'avez pas encore vu l'exposition Carnet de voyage. En quête d'impressions, au Musée international du Carnaval et du Masque de Binche en Belgique, vous avez encore un mois puisque l'exposition y est prolongée. Cette exposition labelisée dans le cadre du Festival Europalia porte comme toute les manifestations de cette édition sur la Chine. Très belle approche du pays avec ses rituels, son théâtre et ses carnavals particuliers. Les dragons sont évidemment omniprésents. Scénographie soignée pour une traversée originale de la Chine permettant de découvrir le pays à partir d'une thématique peu commune (même si on pourra reprocher ici comme ailleurs des textes peu adaptés au contexte de l'exposition...). Profitons de la visite pour constater combien le musée à changé depuis 5 ans, devenant un musée de plus en plus séduisant et dépoussiéré grâce à l'action d'une conservatrice dynamique. Le propos anthropologique si riche sur cette thématique soulève une foule de pistes pour des expositions futures.
vendredi 30 avril 2010
Envol...
Ils et surtout elles sont parties en stage. Après une année à l'IUP, les étudiantes et étudiants en muséologie et patrimoine sont en stage. Ainsi en M2 :
dimanche 25 avril 2010
Sexe, mort et sacrifice
L'exposition Sexe, mort et sacrifice dans la religion Mochica au Quai Branly est impressionnante par les pièces présentées, non seulement du fait de la curiosité qu'elle suscite, mais surtout de par leur état de conservation. Ces céramiques datant d'avant le 7ème siècle semble avoir été faite avant-hier. Peu de choses du reste est dit dans l'exposition sur la manière dont on les a retrouvé, les conditions de leur conservation. Enfouis dans les sépultures, ces pièces accompagnaient les morts dans leur voyage dans l'inframonde. Le sujet n'aurait pas déplut à Georges Bataille bien sûr puisque Eros se marie avec Thanatos dans une belle équivoque. Les scènes d'accouplements, de fellations, de sodomies et autres joyeusetés sexuelles entre humains et non-humains témoignent d'une grande étrangeté des croyances de ce peuple. Il est sans doute très difficile d'expliquer les idées d'un peuple aussi éloigné dans le temps, mais cela n'excuse pas des textes d'exposition souvent trop chargés et abscons. Passons sur les fausses évidences qui fait associer systématiquement la sexualité génitale à une sexualité reproductive, comme si elle s'y réduisait toujours... Plus ennuyeux est l'approche pleine de certitude sur l'interprétation des pièces, il faut attendre le dernier panneau pour qu'une énigme questionne le visiteur. Pour le reste, l'exposition laisse croire que tout est su et connu, sans que l'interprétation donnée ne soit toujours très probante. De nombreuses contradictions peuvent pourtant être soulevées. Cette exposition conçue par le musée précolombien de Santiago du Chili, d'après le travail de recherche de Steve Bourget, professeur au Texas, rassemble des objets fort étonnant du musée Larco du Pérou.
samedi 17 avril 2010
L’identité, c’est embarrassant
On le sait la France a eu l’ingénieuse idée par son président d’inviter à un ministère de l’identité nationale, ce dernier ne s’est pas arrêté à ce douteux commandement, puisqu’il a promis également un musée de l’histoire de France. Le rapprochement des deux initiatives fait frémir quand on sait combien l’histoire a souvent été mise au service des idéologies nationalistes. Que peut-il sortir d’un musée de l’histoire de France dans un tel contexte ? C’est ce qui pose problème, au delà de la question du pourtour de la chose, des collections mobilisées et des scientifiques qui peuvent s’investir dans un tel projet. La Roumanie peut à cet égard nous faire réfléchir, Bucarest dispose non seulement d’un musée du paysan roumain, qui a servit à défendre les conceptions nationalistes des tenants successifs au pouvoir, mais aussi d’un musée d’histoire roumaine qui présente des données archéologiques en toute évidence, sans mentionner que la nation roumaine et plus encore l’Etat sont des créations récentes. Comment présenter des vestiges gréco-romain dans un tel lieu ? Plus encore le musée national d’art, n’est pas seulement national, il est déclaré Musée national d’art de Roumanie, ce qui est largement faux car il détient aussi des collections fort heureusement non roumaines. Mais cette obsession à bâtir le national va se loger dans toutes les occasions. On reconnaît une puissance à son détachement à l’affirmer.
mardi 13 avril 2010
Une exposition pour mieux voir
Très belle exposition que celle présentée à la Grande Halle de la Villette, en complément du spectacle de Johann Le Guillerm, l'artiste y développe une démarche qu'il investi depuis nombre d'années. Nous avions vu sa Motte, il y a une dizaine d'années à la Ferme du Buisson, la revoilà, qui a grandit et qui a généré plein de petits. Ses recherches sur la mobilité sont étonnantes, mais plus que tout ce sont les découpes de mandarine qui font impression... La scénographie de l'exposition est très belle, et les médiations très bien intégrées, si bien que le visiteur peut se laisser aller aux grès des imaginaires de Le Guillerm et de ses dérives scientifico-poétique. Car s'il y a manifestement du Léonard de Vinci chez cet homme là, il y a aussi du Joseph Fourier et de tous ses descendants surréalistes. La faculté à inventer des mondes est sans doute plus que tout inhérent au circassien, mais l'artiste quitte ici la piste pour investir l'art contemporain, le monde de la recherche scientifique comme celui de l'utopie. Le signe d'un original qu'il faut particulièrement surveiller ! Car si ses spectacles sont excellents ses expositions le sont également.
mercredi 7 avril 2010
Le Fabuleux destin du quotidien
Superbe exposition d'art contemporain au MACS, Grand Hornu, dans le Hainaut avec une belle synergie entre les expositions de design et d'art contemporain habituellement présentées séparément et alternativement dans le lieu. Un très beau catalogue présente cette convergence et démontre combien il devient de plus en plus difficile de séparer les objets fonctionnels imaginés par les designers des créations contemporaines. En imaginant combien le quotidien est traversé de ces approches sensibles et innovantes, l'exposition propose un va et vient aussi stimulant que jubilatoire. Exceptionnellement une scénographie spécifique est proposée pour cette exposition avec des socles pour les objets présentés, ce qui n'est pas le lot des oeuvres contemporaines habituellement. On a particulièrement apprécié l'oeuvre de Angel Vergara Santiago, dénommé Les Voisins, oeuvre relationnelle s'il en est, qui n'est pas sans faire penser au travail de Esther Shalev-Gerz (voir ci-dessous). Ici, en photographie la proposition de Robert Therrien.
dimanche 4 avril 2010
Ton image me regarde
Dans cette exposition, Ton image me regarde, présentée jusqu'au 6 juin au Jeu de Paume, Esther Shalev-Gerz propose plusieurs oeuvres pertinentes dans lesquelles l'interaction sociale est tout à la fois la matière première et la finalité. Ce sont les mises en relation qui intéresse l'artiste. Aussi elle met en dialogue et en confrontation, en interaction par l'action de la parole conduite à se libérer. Nous retiendrons ici plus particulièrement une proposition qui a retenu plus que les autres notre attention, tant son principe intéresse les passionnés de muséologie. Au travers de photographies et de cinq audiovisuels rendant compte d'entretiens avec des acteurs intervenant dans l'entretien de la mémoire du camp de concentration de Buchenwald, l'artiste pointe dans MenschenDinge combien des objets retrouvés peuvent être porteur de sens et servir à rendre compte de l'humanité qui nous relie les uns aux autres. Un simple peigne, une bague, un miroir, une cuillère, un fer à repasser... des objets du quotidien qui en disent long quand on les interroge sur le quotidien des camps justement. Ce n'est pas l'objet en soi qui intéresse, mais ce qu'il permet d'exprimer des relations entre les hommes, de leur finitude comme de leur universalité. Ce n'est pas parce qu'ils sont des reliques ou par fétichisme qu'il faut les conserver et les considérer, c'est parce qu'ils nous permettent de saisir de manière sensible les trajectoires d'hommes et de femmes qui ont fait l'histoire. On pourra regarder une vidéo d'un entretien avec l'artiste :



